Provenance :
• famille Montgomery, probablement depuis de XIXe siècle à Stobo Castle, Peebleshire puis à Kinross House, autour de 1902 ;
• collection privée.
Choisissant un panneau rond de...
lire la suiteProvenance :
• famille Montgomery, probablement depuis de XIXe siècle à Stobo Castle, Peebleshire puis à Kinross House, autour de 1902 ;
• collection privée.
Choisissant un panneau rond de taille tout à fait exceptionnelle, Jacob Grimmer nous livre ici une de ses représentations de saisons les plus magistrales. Très proche de la version conservée à l’Art Institute de Dayton, aux États-Unis, notre Printemps transporte l’amateur d’Art au beau milieu d’un paysage champêtre, où paysans et bergers s’affairent aux semis et à la conduite du troupeau, tandis que des élégants nous invitent à nous détendre en leur compagnie.
Ce ravissant panneau s’échelonne en trois plans. Dans le premier, six couples de grande taille, vêtus de riches costumes, se divertissent au son d’une guitare, portée par un musicien qui se tient étonnamment dos au spectateur. Certains sont allongés dans l’herbe, d’autres esquissent un pas de danse. La partition des groupes de personnages en couple est souvent de mise dans les œuvres de Jacob Grimmer. Dans des compositions plus grandes, comme la Vue de l’Escaut exposée au musée des beaux-arts d’Anvers, il est courant de retrouver des duos ponctuant les deux premiers plans.
Des scènes bucoliques, issues de la tradition du paysage rural flamand, occupent le deuxième plan. Sur la partie gauche, des paysans s’affairent dans le potager. La composition fait indubitablement penser au "Printemps" de Pieter Brueghel : tandis que certains ratissent ou binent, d’autres sèment ou grimpent aux tuteurs des jeunes plans appelés à former une tonnelle de verdure. Le musée de Budapest possède une version dans laquelle Jacob Grimmer représente de manière extrêmement proche ce jardin clos. À côté de celui-ci, des bêtes paissent près d’une étable alors que leur berger s’est assoupi sous un arbre. Enfin à droite, se dresse un magnifique château de plaisance entouré d’eau. Le Kunsthorisches Museum de Vienne garde en ses murs une petite peinture qui illustre ce même type de château, à la tour si singulière.
Au loin, un paysage évanescent ouvre sur une ville portuaire nichée dans les contreforts montagneux. La brillance du ciel se reflétant dans le fleuve, crée une percée lumineuse dans le fonds de la composition. Trois signes zodiacaux ponctuent le ciel et viennent encore préciser la période de l’année qui nous est présentée : le bélier, le taureau et les gémeaux, tous trois signes printaniers.
Chef d’œuvre de délicatesse et de charme, ce printemps bénéficie d’un jeu de glacis tout à fait exceptionnel. Les coloris, choisis avec goût, évoquent la douceur du temps après le rude hiver. Vêtements de velours et de soie s’enrichissent de couleurs variées : jaune safran, rose délicat, bleu ciel et rouge grenat. Les verts tendres qui éclairent la vaste prairie entourant le domaine, ainsi que les petites fleurs blanches juste écloses au premier plan, nous plongent dans une atmosphère douce et luxuriante. La richesse chromatique, la justesse du trait et la solidité de la composition scellent dans une parfaite harmonie cet ode aux beaux jours revenus.
Vers 1526 - Anvers - 1589
Jacob Grimmer, contemporain de Pieter Bruegel I, est né à Anvers vers 1526. C’est dans cette ville qu’il fait son apprentissage en 1539. Il est l’élève de Gabriel Bauwens,...
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Jacob Grimmer, contemporain de Pieter Bruegel I, est né à Anvers vers 1526. C’est dans cette ville qu’il fait son apprentissage en 1539. Il est l’élève de Gabriel Bauwens, Mathys Cock et Cerstian van den Queckborn. En 1547 il est reçu franc-maître. En 1548 il se marie et a quatre enfants. Il est vraisemblable qu’il fit le voyage en Italie comme il était alors d’usage pour les jeunes peintres.
Son œuvre marque un tournant capital dans l’évolution du paysage flamand du XVIe siècle. Son interprétation du paysage, inspirée des vues des environs d’Anvers et les scènes rurales qui y sont intégrées montrent une conception nouvelle d’une maturité exceptionnelle.
Le paysage simplifié et uni qui fait son apparition vers le milieu du siècle, est en grande partie son invention. Le panorama fantastique, les rochers gigantesques à formes capricieuses, les accidents de la nature tels que les affectionnait encore Lucas Gassel, sont délaissés au profit d’une simplicité et d’une authenticité jamais atteintes auparavant. La couleur également se fait plus vraie avec un souci permanent de rendre les valeurs atmosphériques et est agencée en fonction de la cohérence de tous les détails dans un souci permanent de l’unité de la composition.
Il se plait le plus souvent à étoffer ses paysages de personnages et de petites scènes anecdotiques avec la même spontanéité, la même vision naturaliste, sans se préoccuper de donner une explication fataliste des choses comme l’aurait fait Pieter Bruegel. Martin van Cleve et Gillis Mostert ont collaboré avec lui. Son influence fut grande et il inspira de nombreux peintres tels que son fils Abel mais également Gillis van Coninxloo, Jan Brueghel II ou Jan Wildens.