Provenance : collection Italico Brass, 1937.
Dans les premiers guides touristiques écrits à l’intention des voyageurs parcourant l’Italie, il est recommandé, à qui veut goûter aux plaisirs du...
lire la suiteProvenance : collection Italico Brass, 1937.
Dans les premiers guides touristiques écrits à l’intention des voyageurs parcourant l’Italie, il est recommandé, à qui veut goûter aux plaisirs du folklore et de la fête, de gagner sans attendre Venise. Favoris des voyageurs, le carnaval et la régate sont sans aucun doute des sujets de prédilection pour les peintres vedutistes comme Giuseppe Bernardo Bison, qui célèbrent ainsi, au travers de leurs compositions étonnantes, la frénésie vénitienne.
De ces deux admirables toiles de Giuseppe Bernardo Bison, la première nous invite à rejoindre la foule amassée sur la place San Marco, réunie pour fêter le dernier jour du Carnaval. Alors que le mardi gras se célèbre sur la place San Stefano, l’intégralité des festivités du carnaval se tient sur la place San Marco, faisant de cet espace, celui des divertissements profanes. Reproduire ce fabuleux théâtre à ciel ouvert des fêtes vénitiennes est l’occasion pour le peintre de montrer sa très grande maîtrise de la perspective, qu’il a assimilé en étudiant de manière académique les vues de Canaletto.
On retrouve dans cette toile toute l’effervescence régnant à Venise pendant les festivités : les participants arborent fièrement de splendides masques et costumes, des troupes de musiciens jouent gaiment, une scénette présentée sur une estrade attirent les badauds, des acrobates investissent le centre de la place pour un numéro de voltige...
Alors qu’il fait revivre les belles heures de la Sérénissime au travers de ses compositions, Bison en profite pour exprimer tout son talent de coloriste. Alors que le carnaval bat son plein, les barques de toute l’aristocratie lagunaire s’affrontent sur le Grand Canal, devant la punta della Dogana et l’église de la Salute. En donnant des effets particulièrement vibrants à ses couleurs, la touche de Bison atteint ici toute sa grâce. De manière évidente, le denier jour du carnaval place San Marco et la régateà la Punta della Dogana nous dévoilent l’accomplissement des recherches chromatiques de l’artiste. Ici, il se distingue clairement de ses prédécesseurs par une "macchia" ferme et assurée. L’atmosphère des lieux baigne dans une lumière dorée et limpide, qui nous laisse apprécier toute la sensibilité et la poésie qui se dégagent des murs de la cité des Doges. Les reflets dorés viennent animer les façades et, par le contraste des jeux de lumière, les détails architecturaux deviennent plus précis. Le ciel merveilleusement bleu accorde à ces espaces une nouvelle grandeur. Les tonalités nacrées et pastelles employées par l’artiste contribuent à accroître cette atmosphère romantique propre à l’époque.
Entre une maîtrise parfaite de la perspective, la justesse de la couleur et le choix fantastique du sujet, Bison nous livre ici deux des plus importants tableaux de toute son œuvre.
Nos sincères remerciements vont à Monsieur Fabrizio Magani qui a apporté à cette recherche des éléments cruciaux de réponses.
1762 Palmanova - Milan 1844
Né à Palmanova du Frioul en 1762, Giuseppe Bernardino Bison occupe une place particulière parmi les peintres qui prolongent la tradition vedutiste à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Artiste éclectique et versatile, il a également laissé une œuvre importante de peintre décorateur, en suivant la trace prestigieuse de Tiepolo, Guardi, Ricci, Zaïs ou Diziani : de nombreux palais et villas de Ferrare, Padoue, Trévise, Udine, Trieste et des alentours attestent de ses capacités de peintre fresquiste. Sur chevalet, se consacrant essentiellement à la veduta topographique, il n’en aborda pas moins des sujets divers et variés, de fantaisie, et au-delà de ces deux aspects de son art, réalisa une impressionnante production graphique.
À partir de 1831, il s’installe à Milan et de 1834 à 1838, il effectue une série de voyages qui le porteront successivement à Florence, Rome, Naples et Paestum, élargissant ainsi son répertoire de vedutiste.
De son œuvre protéiforme, il convient de souligner, par-delà la variété des sujets, l’extrême qualité de la réalisation picturale qui fait de lui l’un des plus dignes épigones de la tradition vedutiste vénitienne du XVIIIe siècle.