Provenance :
Collection privée, Maisons-Laffitte, 1969
Collection privée
Chef d’oeuvre absolu de l’art floral, chef d’oeuvre du maître, ce tableau illustre, dans toute la délicatesse de sa...
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Collection privée, Maisons-Laffitte, 1969
Collection privée
Chef d’oeuvre absolu de l’art floral, chef d’oeuvre du maître, ce tableau illustre, dans toute la délicatesse de sa facture et ses subtiles harmonies chromatiques, le talent rare et rarement égalé d’Osias Beert.
Suivant les prémices du genre floral vers 1600-1610, où les bouquets sagement disposés en ovale ou en éventail présentent de façon additive et avec une extrême lisibilité chaque bouton. Une évolution progressive se fait jour à partir de 1620, vers plus de naturalisme mais aussi vers plus de théâtralité : les bouquets deviennent plus touffus, leur forme plus irrégulière et les boutons commencent à se chevaucher de façon organique, perdant ainsi en lisibilité individuelle. Et des récipients multiples peuvent se substituer à l’unique vase des premières compositions florales.
C’est notamment le cas dans ce superbe panneau où une simple corbeille, plus traditionnellement associée à la nature morte de fruits, côtoie ce récipient précieux et chargé de connotations morales liées à l’idée de vanitas, qu’est la flasque en porcelaine orientale. La combinaison des deux éléments peut à première vue sembler incongrue, mais elle se réfère déjà à une formule initiée par Jan Brueghel de Velours. Et le contraste est amusant entre la disposition encore frontale et additive des fleurs dans le vase Wan-Li et le foisonnement, non exempt de surcharge, des fleurs disposées dans la corbeille: ici, les fleurs s’enchevêtrent librement, obéissant ainsi à une esthétique déjà plus baroque.
Roses, lys, tulipes, clochettes, iris, anémones et autres boutons forment une opulente composition de variétés florales, fleurissant d’ailleurs à des moments différents de l’année, une constatation qui, per se, renvoie à la nature idéale et irréaliste de la représentation, contrastant d’ailleurs avec la notation, elle, tout à fait naturaliste et novatrice, apportée par ces tulipes qui se tournent vers la gauche (i.e. vers la source de lumière présumée du panneau), et rompent ainsi la belle symétrie du bouquet.
Mais on touche sans doute là à un autre aspect de la représentation, car, par-delà l’illusionnisme délicat de la facture, les allusions symboliques inhérentes au genre floral, se décèlent sans peine : boutons en fin de floraison ployant sous leur propre poids, pétales épars sur l’entablement, légères piqûres de vers dans les feuilles, sont autant d’éléments qui concourent à suggérer le caractère éphémère de la beauté terrestre. Reste cette note délicate apportée par les papillons, associés dans la symbolique traditionnelle, à la Résurrection du Christ, et latiore sensu, à la Vie éternelle promise à tout bon chrétien...
Une composition similaire, mais moins opulente et de format légèrement plus étroit (Panneau. 59 x 99 cm.), est conservée dans une collection particulière allemande et a été exposée à Anvers lors de l’exposition De Brueghel à Rubens, KMSK, Anvers, 19 décembre 1992-8 mars 1993, n°96 (ill.).
1580 - Anvers - 1623
Maître à Anvers en 1602, Osias Beert est resté longtemps méconnu et n’a été sorti de l’oubli qu’en 1938, au moment où la nature morte allait retrouver une grande vogue chez...
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Maître à Anvers en 1602, Osias Beert est resté longtemps méconnu et n’a été sorti de l’oubli qu’en 1938, au moment où la nature morte allait retrouver une grande vogue chez les amateurs et collectionneurs. Comme Flegel en Allemagne, Osias Beert est l’une des figures marquantes des premiers temps de la nature morte en Flandre. Il établit ses compositions en juxtaposant sur le plan incliné d’une table des comestibles, des objets de vaisselle et des bibelots précieux. Il situe également ses éléments disparates sur des plans de profondeur différente afin de les peindre dans leur intégralité. Ses compositions sont encore de présentation frontale et se détachent sur un fond sombre et abstrait, exprimant ainsi un certain archaïsme de la nature morte, très recherché des collectionneurs contemporains. L’exécution, très soignée, attire l’œil par la virtuosité du trait et la magie des couleurs vives et lisses. Osias Beert est sans conteste reconnu aujourd’hui comme le chef de file de la première génération de peintres flamands spécialisés dans la nature morte.
Ses tableaux de fleurs faits de bouquets denses ou somptueux sont d’un réalisme précis et leurs coloris d’une extrême diversité. Tonalités profondes ou éclatantes, l’équilibre est harmonieux entre la forme et la couleur. Chez Osias Beert, en véritable peintre flamand, le grand art est toujours le produit d’une maîtrise des moindres détails qui, mis bout à bout, composent toute la richesse et le charme de l’oeuvre.