Signé : "P.BREVGHEL" en bas à droite.
Provenance :
• galerie de Boer, Amsterdam ;
• galerie de Jonckheere, Paris, 1989 ;
• collection privée.
On connaît une quantité de petits tableaux...
lire la suiteSigné : "P.BREVGHEL" en bas à droite.
Provenance :
• galerie de Boer, Amsterdam ;
• galerie de Jonckheere, Paris, 1989 ;
• collection privée.
On connaît une quantité de petits tableaux de Pierre Brueghel l’Ancien représentant des "sinneke". Le mot sinneke dérive des moralités qui formaient le gros des représentations théâtrales de l’époque, celles de chambres de rhétorique notamment, dont les pièces étaient souvent une succession de scènes ayant chacune une portée didactique et moralisante. Le terme sinneke s’appliquait tout naturellement aux tableaux et aux gravures qui s’inspiraient de ce théâtre populaire. Le grand tableau de Pierre Brueghel l’Ancien, les Proverbes, conservé au Staatliche Museen à Berlin, n’est pas autre chose qu’une suite de sinnekens. Plusieurs des actions qui y sont représentées procédaient du théâtre et de ce fait le spectateur d’alors n’avait aucune peine à les identifier et à en dégager le sens.
Un grand nombre de sinnekens, sur des petits panneaux ronds dont plusieurs sont signés de Pierre le Jeune, nous sont parvenus. Tous représentent un ou deux personnages, soit dans un paysage soit dans un intérieur. Marlier en a repéré plus de soixante, qui représentent une trentaine de sujets différents. Des quelques trente sujets répertoriés, douze traitent des proverbes ou locutions que Brueghel l’Ancien avait incorporés au grand tableau de Berlin évoqué plus haut ; les autres reprennent, de toute évidence, les estampes de la suite des Douze locutions ou moralités, inventions de Brueghel l’Ancien selon Marlier, dont sept portent le monogramme de Jean Wierix (les cinq autres étant généralement attribuées à Pieter van der Heyden). Les douze locutions illustrées sont : le Misanthrope, le Seigneur qui joue de la mâchoire d’un cheval comme d’un violon, le Mercier qui vante sa marchandise, les deux Aveugles, le Fou qui couve un œuf, le Foin courant après le cheval, l’Homme qui se chauffe à la maison en flammes et l’Homme au sac d’écus et ses flatteurs.
Peu de séries de plusieurs tableaux ont été conservées en un même endroit. Au fil du temps, en particulier lors des ventes aux enchères du siècle dernier, ces deux panneaux qui faisaient chacun partie de deux ensembles distincts ont été isolés.
Sur la gravure au burin par Jean Wierix d’après Pierre Brueghel l’Ancien, le distique français : Qui de receuoir a moijen/Sur la machoire il ioue bien, court sur la grande mâchoire sur laquelle est assis le personnage principal avec, en exergue, un quatrain flamand. En néerlandais, le substantif "kaak" a plusieurs acceptions. L’une signifie "machoire" ; l’autre "pilori". À la suite de cela, il a donné lieu à des locutions proverbiales, comme d’abord "op de kaak spelen" (jouer sur la mâchoire) ; "hij is een kaakspeler" (c’est un joueur sur la mâchoire) - "jouer sur la mâchoire" ayant le sens de frauder des profits, de s’assurer des profits illicites, et ensuite : "aan de kaak stellen" (mettre, exposer, au pilori), allusion à la punition infligée jadis aux criminels, qui consistait à exposer ceux-ci publiquement dans une lanterne au haut du pilori. Dans ses Proverbes conservés à Berlin, Pierre Brueghel l’Ancien, pour bien montrer que son musicien allégorique est un criminel, a pris soin de "garnir" les montants de la lanterne du pilori d’une main coupée et de plusieurs oreilles, faisant ainsi allusion aux mutilations que les justiciers infligeaient à ceux qui avaient été condamnés à une peine infamante. Ce sont ces deux locutions proverbiales basées sur les deux significations du substantif "kaak", qui ont inspiré l’estampe gravée par Wierix d’après Brueghel. Toutefois, ainsi que l’atteste le texte gravé en exergue de la composition, le proverbe est ici appliqué aux collecteurs d’impôts - aux collecteurs, cette fois, d’impôts de guerre, dont les pouvoirs étaient tels qu’ils pouvaient se livrer aux plus inavouables abus.
Sur le panneau que nous présentons, l’allure et le lourd manteau bordé de fourrure annoncent que celui qui est assis sur cette grande mâchoire est bien un personnage officiel, en l’occurrence un receveur d’impôts de guerre, aussi redouté qu’inattaquable, exerçant ses fonctions sous la protection d’un château fort dont il devait assurer à la fois l’entretien et les destinations. A l’arrière plan se dresse le pilori où, cette fois, ne se trouve pas exposé un criminel infâme mais un sonneur de trompe, installé là pour avertir public du sort promis à celui qui se rend coupable de pratiques abusives.
1564 Bruxelles - Anvers 1638
Fils aîné de Pieter Bruegel l’Ancien, il se fixe de bonne heure à Anvers où il reçoit sa formation dans l’atelier du paysagiste Gillis van Coninxloo. Il est reçu...
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Fils aîné de Pieter Bruegel l’Ancien, il se fixe de bonne heure à Anvers où il reçoit sa formation dans l’atelier du paysagiste Gillis van Coninxloo. Il est reçu Maître en 1585. Il n’a pas cinq ans quand meurt son père en 1569 qui n’a donc pas pu l’initier à la peinture. Sa mère, la fille du peintre Pieter Coecke d’Alost, elle-même peintre, décède alors qu’il n’est qu’adolescent, mais il semble qu’elle ait joué un rôle lors de son apprentissage. En 1588, il épouse Elisabeth Goddelet dont il aura sept enfants.
Il est surnommé Brueghel d’Enfer bien que ses compositions infernales soient exceptionnelles dans son oeuvre. Pieter Brueghel le Jeune travaille selon deux orientations différentes. Dans un premier temps, il reprend un grand nombre de compositions de son père et en développe plusieurs versions. Il y apporte sa touche personnelle par les variantes qu’il introduit, parmi lesquelles, l’importance qu’il confère au paysage, ainsi qu’une coloration propre, plus vive que celle de son père et d’une grande pureté.
La seconde période débute vers 1615-1620. Il affirme sa personnalité par la création de compositions originales qui dès l’époque eurent un vif succès et suscitèrent elles aussi plusieurs répliques. Son fils Pieter Brueghel III et le fameux peintre de natures mortes et d’animaux Frans Snyders furent ses élèves. Au-delà du prolongement qu’il donne à l’oeuvre de son père, Pieter Brueghel II occupe une place marquante au XVIIe siècle, notamment par son extrême qualité picturale et la pureté de ses coloris. Il influença l’ensemble des peintres flamands de son siècle.
Il eut une carrière particulièrement féconde, étendue sur près d’un demi-siècle et connut un vif succès dès son vivant.