Provenance :
Galerie Robert Finck, Bruxelles.
Avec ce superbe tableau, Louis de Caullery confirme son talent en tant que peintre d’architecture et peut être vu comme l’un des initiateurs d’un...
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Galerie Robert Finck, Bruxelles.
Avec ce superbe tableau, Louis de Caullery confirme son talent en tant que peintre d’architecture et peut être vu comme l’un des initiateurs d’un genre appelé à acquérir une grande importance dans l’histoire de l’art : les veduti. Homme de son temps, cet artiste de la Renaissance flamande se tourne vers l’Italie et ses chefs d’œuvres pour dépeindre les joies de la vie et la beauté du monde. Charmé par les villes italiennes et le mode de vie de leurs habitants, Caullery nous transporte à Venise, face à la Piazzetta et à la Place Saint-Marc. Encrée dans l’esprit des paysages du XVIème siècle, cette splendide composition embrasse le panorama à partir d’une position en hauteur, située au dessus du niveau du Grand Canal. Nous admirons le cœur de la cité des Doges comme si nous étions en haut du mat d’un navire. Ceci permet au spectateur de contempler une vue dégagée, qui débute sur les quais où se balancent une dizaine de gondoles, et se termine à la Tour de l’Horloge, dont la porte représente le point de fuite d’une perspective à l’italienne à la symétrie parfaite. L’artiste fait preuve d’une grande précision dans le rendu des bâtiments, aussi bien d’un point de vue topographique que par la diversité des teintes d’ocres choisies pour restituer la tonalité et le moelleux des pierres chauffées par le soleil vénitien.
L’attention du spectateur est également attirée par l’exceptionnel talent qu’a Caullery pour donner un sentiment de vie et d’humanité aux très nombreux personnages qui viennent égayer la scène. Ne voulant nullement se limiter à peindre une simple vue urbaine mettant l’accent sur l’architecture, l’artiste personnalise chacun de ses personnages et donne vie à une ambiance typiquement italienne, pour laquelle l’Europe de l’époque montre un engouement particulier. Partout sur la place s’égrènent de petits groupes de personnages, gens du peuples, notables ou ecclésiastiques, repérables à leurs vêtements, certains portant de l’eau, d’autres attendant leurs gondoles, et d’autres encore regardant les comédiens ayant pris place sur la scène en plein air installée devant le Palais des Doges, à droite de la composition.
Au fond de la place à droite, la basilique San Marco, dont la teinte verte crée une rupture dans la file des édifices, permet une envolée vers le ciel dans lequel le peintre décline toute sa science des couleurs. Venant rehausser la profondeur majestueuse des bleus, une trouée duveteuse de nuages roses, que l’on retrouve dans bon nombre de ses tableaux, semble annoncer le jour finissant.
Plus d’un siècle avant Marieschi et Canaletto, Caullery s’affirme donc comme l’un des premiers « védutistes » de Venise. En pleine maîtrise de son talent, l’artiste ne se limite pas à présenter une description fidèle de la place Saint Marc. Le peintre parvient également à rendre l’atmosphère si particulière de la ville : cette atmosphère de ville méditerranéenne, dans laquelle se perçoivent encore des soupçons d’agora antique, cette place centrale où se déclinait alors à l’unisson l’architecture, l’art, le commerce, la politique et la religions… Un art de vivre que les hommes de la Renaissance rêvaient de recréer.
Vers 1575 – Anvers – 1621
Probablement originaire du village de Caulery proche de Cambrai, il vint à Anvers en 1594 et se forma auprès de Joos de Momper. Il fut admis comme Maître dans cette ville en 1602.
La date à laquelle il se rendit en Italie ne peut aujourd’hui encore être déterminée avec précision. Ses œuvres attestent de son séjour à Venise, Florence et Rome.
Clairement associé à la peinture de genre, cet artiste traita les scènes les plus diverses telles que le carnaval sur la glace, les feux d’artifice, les combats de taureaux, les grandes collections, l’allégorie des cinq sens, les réunions peintes dans l’esprit de l’Ecole de Fontainebleau.
La haute taille des personnages, leurs attitudes recherchées, leurs visages lisses, leurs fronts dégagés caractérisent sa manière. Ses coloris sont particulièrement raffinés. Sa palette, sous l’influence des maîtres italiens, innove en Flandre pour se répandre en demi-teintes, en ocre-jaune, en vert Véronèse ou en lie-de-vin. Ses représentations architecturales le montrent soucieux d’exactitude et très habile dans le rendu de la perspective à l’italienne.