Peinture flamande et tableaux de maîtres anciens par la Galerie De Jonckheere



Provenance :
Collection privée
Notre panneau, la Parabole des aveugles, illustre une iconographie qui connut un immense succès dans les Pays-Bas du Sud, à la fin du XVIe siècle. Ce thème est...
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Collection privée
Notre panneau, la Parabole des aveugles, illustre une iconographie qui connut un immense succès dans les Pays-Bas du Sud, à la fin du XVIe siècle. Ce thème est en effet ancré dans la peinture du Nord depuis Jérôme Bosch, dont un de ses tableaux aujourd’hui perdu nous est connu par une gravure de Jérôme Cock. Cette estampe fut reprise à son tour en 1540 par Cornelis Massys, qui ajoute deux figures d’aveugles aux deux peintes par Bosch. S’inspirant d’une composition de Pieter Brueghel l’Ancien (musée de Capodimonte, Naples ), Maerten van Cleve nous donne dans cette rocambolesque version sa propre interprétation de la Parabole des aveugles.
L’Evangile de Saint Mathieu nous parle du Christ remettant en question la notion de tradition telle qu’elle est défendue par les Pharisiens, tenant d’une orthodoxie aveugle car mal comprise : « Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! ». Cette notion de « tradition » pervertie par des siècles d’aveuglement se trouve au cœur du questionnement philosophique qui anime l’Europe du Nord au XVIème siècle. La Réforme, la place de l’Eglise de Rome mais aussi les découvertes de nouveaux continents et de nouvelles civilisations font éclater les certitudes d’antan et « aveuglent » les hommes perdus dans un monde dont ils ne semblent plus maîtriser les règles. Face à cette réalité, il devient aisé de comprendre la raison de l’intérêt des artistes du temps pour cette parabole.
L’attitude propre prise par chaque personnage démontre toute l'originalité d’un maître aimant caricaturer les vices et les faiblesses de la société. L’interprétation de Maerten van Cleve met en scène sept personnages, soit un de plus que Brueghel, et dont l’allure bonhomme et gauche donne à la composition tout son charme. Tandis que la version originelle tend vers une certaine rigueur, l’œuvre de Maerten van Cleve présente avec dynamisme et fracas la chute. Le personnage précipité dans la rivière est figuré dans la même posture que chez Brueghel. Or il ne se trouve plus les quatre fers en l’air dans un ravin symbolique, mais se trouve bel et bien dans l’eau. Le deuxième homme, en train de tomber, affiche sa surprise par sa bouche béante. Le troisième, guidé par la cape du précédent ne semble pas avoir encore conscience du choc à venir et continue à tenir avec confiance le manteau clair. Le quatrième, le regard vissé sous son chapeau, suit vigoureusement ses congénères, tandis que derrière lui, un joueur de vielle marque la cadence. Enfin, un pèlerin clos la marche folle : un chapeau bien enfoncé sur la tête, décoré des colifichets propres au pèlerinage de Saint Jacques. Aux pieds du groupe, un petit chien jappe pour alerter la joyeuse compagnie du danger. Ce petit chien, invention de notre artiste, donne à la scène un caractère enfantin, plein de facéties.
La parabole prend vie dans un ravissant paysage brabançon, dont les vastes chaumières et le doux vallonnement des collines semblent respirer une parfaite quiétude. Le cadrage, résolument moderne, est hérité de l’oeuvre de Pieter Brueghel l’Ancien. Un petit promontoire de terre supporte la troupe, tandis que s’échelonnent d’autres plans avec les habitations, la rivière ainsi qu’un horizon fort bas.
Outre le tableau que nous vous présentons, deux autres variantes de la parabole peintes par van Cleve figurent aujourd’hui dans les collections des musées de Vienne et de Munich , sans oublier une troisième version, très proche de la nôtre, conservée au musée de Bâle . Regard corrosif sur la société de son temps, ce panneau de belle dimension constitue une véritable synthèse entre la composition de Brueghel l’Ancien et la finesse d’esprit de van Cleve. Le regard du spectateur évolue sans effort à la suite de ses malheureux aveugles dans une composition qui, sous le masque de l’amusement, est faite de vivacité technique et de profondeur psychologique.
1527 - Anvers - 1581
Martin van Cleve fut le fils du peintre Willem van Cleve et l’élève de Frans Floris. En 1551, il fut reçu Maître dans la corporation d’Anvers, la même année que Pieter Bruegel...
1527 - Anvers - 1581
Martin van Cleve fut le fils du peintre Willem van Cleve et l’élève de Frans Floris. En 1551, il fut reçu Maître dans la corporation d’Anvers, la même année que Pieter Bruegel l’Ancien, dont il est un exact contemporain. Il est à noter que Van Cleve ne se rendit jamais en Italie comme c’était pourtant la coutume à l’époque pour nombre de jeunes peintres d’Europe septentrionale. Dans ses premières oeuvres, on relève l’influence de Pieter Aertsen. Les scènes populaires et paysannes de ses œuvres ultérieures prouveront le goût de l’artiste pour l’univers de Pieter Brueghel. Comme ce dernier, Martin van Cleve a peint, avec un sens aigu du réel, la vie dans les campagnes sous de multiples aspects. On sait que Pieter Brueghel le Jeune s’est inspiré, outre de l’oeuvre de son célèbre père, de plusieurs tableaux de van Cleve.
Quelques caractéristiques se rencontrent dans toutes les oeuvres de Martin van Cleve: les coiffes blanches des femmes sont plus amples que celles peintes par les Brueghel. Elles possèdent des brides parfois relevées et nouées sur le sommet de la tête. De même, un chien ne fait jamais défaut et est presque toujours représenté de profil.
Cet artiste exceptionnel a collaboré avec son frère Hendrik, peintre paysagiste, les Grimmer, et Gillis van Coninxloo.
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