Peinture flamande et tableaux de maîtres anciens par la Galerie De Jonckheere



Provenance :
Collection Clarence Palitz ;
Collection privée.
Pieter Coeck van Aelst, à l’image de Joos van Cleve, fut à la tête d’un atelier florissant et dont le style est aujourd’hui...
lire la suiteProvenance :
Collection Clarence Palitz ;
Collection privée.
Pieter Coeck van Aelst, à l’image de Joos van Cleve, fut à la tête d’un atelier florissant et dont le style est aujourd’hui parfaitement identifiable. Le corpus de ses œuvres est bien documenté grâce à la monographie de Georges Marlier : parmi les compositions les plus appréciées de cet atelier, le thème de l’Adoration des mages, dont le premier exemplaire se situe sans doute dans les années 1525, fait figure de référence.
Dans chacune des versions répertoriées, la Vierge y est représentée telle une Virgo Ecclesia, recevant symboliquement l’hommage des nations par trois rois venus d’horizons différents avec des présents tels que l’or, la myrrhe et l’encens. Ces trois présents sont la représentation des trois pouvoirs : le pouvoir royal avec l’or, spirituel avec la myrrhe et sacerdotal avec l’encens. Les mages symbolisent non seulement les trois continents connus à l’époque et donc le monde, mais aussi les trois âges de la vie. Le roi oriental étant le plus âgé, et le roi africain le plus jeune. Coeck a traité le sujet de l’Epiphanie moyennant des subtiles variantes, dans une dizaine de compositions parmi lesquels l’Adoration des mages avec la Vierge assise au centre ; l’Adoration des mages avec composition en triangle ; l’Adoration des mages avec Gaspard agenouillé de face ; les Rois mages et Sainte Famille affrontés. Marlier a répertorié une douzaine de versions apparentées à la composition de notre Triptyque, aucune n’étant datée ni documentée par un contrat de commande.
Sur le panneau de gauche est représenté le mage Balthasar et sur le panneau de droite lui faisant pendant, Saint Joseph. Le panneau central met en scène la Sainte Vierge portant l’Enfant Jésus qui bénit Gaspard agenouillé. Melchior quant à lui est debout, nous le voyons de face et il vient se positionner au sommet du triangle constitué par les trois figures majeures. Les personnages sont représentés en gros plan, nous percevons deux figures secondaires sur le panneau central mais cela n’influe en aucun cas sur notre représentation, qui semble réellement mettre en avant l’iconographie propre à l’Adoration des mages.
Parallèlement aux œuvres du musée Archiépiscopal d’Utrecht, des musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique et du musée de Valenciennes, nos personnages sont représentés devant un paysage où nature et architecture idéalisée se mélangent. Leurs costumes sont faits de riches et belles matières, fourrure, velours et matériaux précieux viennent agrémenter la scène. Les drapés de Saint Joseph et de la Vierge sont voluptueux et leurs plis sont arrondis, faisant ainsi écho au visage ovale régulier de la Vierge. Gaspard agenouillé tend à l’enfant roi une boîte, alors que Melchior tient de sa main gauche un calice orfévré, ôtant de sa main droite son chapeau en signe de respect et d’adoration. Quant à Balthasar, représenté sur le panneau de gauche, il porte un calice et un sceptre en or et il observe avec respect et pudeur la scène devant lui. Le coloris d’ensemble est un adroit mélange de tons chauds, en particulier pour les costumes, et de tons froids pour le paysage ainsi que les éléments architecturaux de style Renaissance. Les éléments architectoniques, piliers, colonnes et chapiteaux, témoignent d’un classicisme très net. Leurs ornements ciselés, de même que leurs motifs sculptés, sont rendus par des empâtements appliqués avec la remarquable aisance d’une écriture très graphique toute en arabesque. Sur ce panneau central, le point de vue perspectif est légèrement déplacé vers la gauche avec un fond de paysage et une tour ronde qui se retrouvent dans l’Adoration de l’Alte Pinakothek de Munich.
Si Coeck est en quelque sorte tributaire de l’invention d’autres peintres anversois, notamment par ses nombreuses relations familiales, la reprise des motifs n’est en aucun car méchanique, car ce dernier a su instaurer un style qui lui est propre. Il aurait emprunté la conception et la mise en page, avec figures à mi-corps disposées en triangle dans le panneau central, au triptyque d’Utrecht traditionnellement attribué au Maître de l’Adoration des mages d’Utrecht (par P. Leprieur in Chronique des Arts et de la Curiosité, 28 décembre 1889, pp.315 à 317) mais considéré par Marlier comme ayant été produit dans l’atelier de Jan van Dornicke, alias le Maître de 1518, peut-être avec la participation de son gendre, Pieter Coeck. Une autre source d’inspiration pourrait être un triptyque de Jan Mostaert, l’Adoration des mages du Rijksmuseum. En effet, dans son panneau central, la Vierge est assise dans l’axe médian mais la pose de l’Enfant et l’attitude Gaspard, qui lui présente un calice orfévré tout en en soulevant le couvercle, sont très semblables.
Si Coeck van Aelst épouse de très près le schéma de son beau-père, cette soumission ne doit cependant pas tromper. Dans les versions de l’atelier de van Dornicke, la facture est encore celle des Primitifs. Ici, chaque figure est beaucoup plus robuste, les mains sont devenues plus charnues, les doigts plus vibrants. Le pinceau est très libre, rapide et presque fébrile, et les formes rendues à l’aide de touches vivaces sont là autant de caractères qui définissent à merveille la manière de Coeck. La peinture de triptyques occupait évidemment une place de choix dans la production de l’atelier prospère de Pieter Coeck van Aelst: volets et panneaux destinés à de grands retables et exécutés soit sur commande, soit pour le marché libre ; petits triptyques et petits panneaux de dévotion exécutés en série et avec des variations pratiquement infinies. De nouvelles recherches ont permis de se faire une idée plus précise des méthodes de travail en vigueur dans son atelier. On y utilisait des cartons, par exemple pour les figures des volets de retables. Les contours tracés à l’aide d’un calque étaient repassés au pinceau, pratique que Coeck avait sans doute reprise à son maître Bernard van Orley.
1502 Alost - Bruxelles 1550
Artiste flamand du XVIeme siècle qui exerça une activité multiforme de peintre, d’architecte, de créateur de cartons de tapisseries et de vitraux, de traducteur,...
lire la suite1502 Alost - Bruxelles 1550
Artiste flamand du XVIeme siècle qui exerça une activité multiforme de peintre, d’architecte, de créateur de cartons de tapisseries et de vitraux, de traducteur, d’éditeur et de graveur, Pieter Coeck van Aelst fut le beau-père et le maître de Pierre Brueghel l’Ancien. D’après Karel van Mander, il fut l’élève de Bernard van Orley à Bruxelles et fit le voyage en Italie.
En 1525, il s’établit à Anvers où il épouse Anna van Dornicke, la fille du peintre anversois Jan van Dornicke, connu sous le nom de Maître de 1518, dont il fut l’élève et reprit l’atelier dès la mort de ce dernier en 1527. En cette même année, il est reçu maître à la Guilde d’Anvers, alors qu’il perd sa jeune épouse, qui lui laisse deux enfants, tous les deux peintres. En 1533, il entreprend un voyage à Constantinople dont est inspiré le remarquable recueil de gravures que sa seconde épouse a édité après sa mort sous le titre de Moeurs et façons des Turcs.
Après son retour à Anvers, il se remarie avec Mayken Verhulst, elle-même peintre, qui lui donne trois enfants, dont Marie, la future femme de son disciple Pierre Brueghel l’Ancien. En même temps, il reprend la gestion de son atelier et s’applique à la création de cartons de célèbres tapisseries bruxelloises (dont une série des Sept péchés est conservée au Kunsthistorisches Museum à Vienne, et de vitraux, entre autres pour la cathédrale Notre Dame à Anvers).
Humaniste complet, linguiste émérite, Pieter Coeck doit sa réputation à sa connaissance de l’architecture italienne de la Renaissance et à sa traduction en flamand, allemand et français de l’oeuvre théorique de Vitruve et de Sebastiano Serlio, ouvrages qui ont contribué à diffuser la connaissance de l’architecture de l’antiquité dans toute l’Europe du Nord et en particulier auprès de Hans Vredeman de Vries.
Durant son activité de peintre, excepté de rares portraits et quelques compositions profanes, il traite de façon itérative des thèmes religieux comme l’Adoration des Mages, la Sainte Famille, des scènes de la vie et de la passion du Christ, les figures isolées de la Vierge et des saints ainsi que des épisodes de l’Ancien testament.
Il n’a signé aucun de ses tableaux. A l’exemple des grands italiens de la Renaissance, Pieter Coeck se voulait “artiste” bien plus qu’artisan. Il porta aussi fièrement son titre de peintre de Charles Quint et de “libraire juré de l’Imperiale Majesté”. Figure clef du maniérisme anversois, artiste polymorphe dans différents domaines et avec un égal succès, Pieter Coeck occupe une place toute particulière dans l’histoire de la peinture flamande au XVIeme siècle.
|
Paris 100 rue du Faubourg Saint Honoré Tél. : +33 (0)1 42 66 69 49 |
Genève 7 rue de l'Hôtel de Ville Tél. : + 41 22 310 80 80 |
® Galerie De Jonckheere | Mentions légales | Contacts | Conception 2exVia avec MasterEdit©

