Provenance : collection Madame Andrée Vuitton.
Dans ce tondo d’une élégance exquise, Abel Grimmer déploie tout son talent de coloriste et de peintre paysager au profit d’une composition...
lire la suiteProvenance : collection Madame Andrée Vuitton.
Dans ce tondo d’une élégance exquise, Abel Grimmer déploie tout son talent de coloriste et de peintre paysager au profit d’une composition rendant honneur aux plaisirs de la vie. Cette belle après-midi permet à l’artiste de décliner les charmes d’une campagne bien éloignée des guerres qui ravagèrent le pays. L’ancien château féodal devenu résidence aristocratique offre un cadre idyllique aux élégants goûtant les plaisirs des beaux jours. Tours élancées, berges vertes, verger agréablement clos donnent à la scène un décor propice à cette vie "idéale", si proche de celle vécue en Arcadie, dans cette société modèle rêvée par les penseurs du temps comme Thomas More ou Erasme. Des couples élégamment vêtus profitent du soleil au son d’une mandoline. Alors que certains dansent, d’autres préfèrent goûter au vin. Une nappe est étendue dans l’herbe, sur laquelle un déjeuner frugal vient d’être servi. La joyeuse troupe sera bientôt rejointe par un couple encore posté sur le pont. Sur les eaux calmes des douves, certains s’ébattent dans une embarcation. Abel Grimmer se fait témoin de ce chaleureux moment, avec un grand souci du détail. Les couleurs franches du paysage, ainsi que les notes soutenues des costumes, en font un tableautin d’une grande qualité.
Comme le veut la tradition de la peinture courtoise flamande à la fin du XVIe siècle, le type iconographique de ce tableau fait échos aux Cinq Sens. Les activités des personnages mettent en éveil la vue, l’ouïe, l’odorat sans oublier le goût et le toucher. Née de la représentation du jardin clos (hortus conclusus) figurée dans le thème du Jardin d’amour au XVe siècle, notre représentation se veut courtoise et nullement grivoise. L’oisiveté se voit ici représentée comme noble et pleine de décence.
Cette représentation de la société courtoise marque le contrepied des scènes rurales, dans lesquelles les festivités paysannes sont traduites avec bonhommie et rusticité. Abel Grimmer participe ainsi au développement des scènes galantes en extérieur à l’image de nombreux peintres flamands et hollandais, tels David Vinckboons, Dirk Hals et Adam van Breen. L’influence de ce genre de représentation idéalisée se retrouvera jusque chez Watteau, qui perpétuera au XVIIIe siècle des scènes de vie courtoise dans un cadre idyllique.
1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde...
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Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592.
Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l’insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d’une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l’Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l’esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d’architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l’on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d’églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d’Anvers et ses tours de Babel.
Il fait preuve d’une très grande habileté de dessinateur, d’un sens de l’observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l’exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons.
On a pu dire de lui, quand on ne connaissait guère encore l’étendue de son œuvre, qu’il “simplifiait la nature avec une charmante et poétique naïveté, accompagnée d’une grande maîtrise d’exécution”. En fait, sa conception picturale allie un certain réalisme du paysage, en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures.