Provenance :
Collection privée.
En plus de cinquante ans d’activité, Lucas Cranach a vu défiler devant son chevalet un nombre considérable de souverains et de notables, le hissant au rang des...
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Collection privée.
En plus de cinquante ans d’activité, Lucas Cranach a vu défiler devant son chevalet un nombre considérable de souverains et de notables, le hissant au rang des portraitistes les plus en vue de l’Europe de la première moitié du XVIe siècle. Véritable Who’s who de l’histoire, les portraits de Cranach en disent long sur les « grands » de son temps. De Charles Quint à Auguste Ier le Pieux, en passant par Luther, Catherine de Mecklembourg et Albert de Brandebourg, la cour de Saxe est le lieu de prédilection pour quiconque veut se faire tirer le portrait. C’est ainsi qu’en 1523, Cranach accueille dans sa demeure de Wittenberg le roi Christian II de Danemark, qui face à son impopularité, avait fui son pays.
Christian II (Nyborg 1481-Kalundborg 1559) fut roi de Danemark, de Norvège (1513 - 1523) et de Suède (1520 - 1521) sous l'union de Kalmar. Fils du roi Jean Ier et de Christine de Saxe, il succède à son père comme roi de Danemark et de Norvège. Ami des arts, il part en juin 1521 pour un séjour de cinq mois aux Pays-Bas et y rencontre plusieurs artisans flamands dont Quentin Metsys, Jan Gossaert ou Albrecht Dürer, qui firent tous deux son portrait, ainsi qu’Erasme de Rotterdam. Lors de son retour au Danemark en septembre 1521, le roi Christian dicte de fortes réformes calquées sur le modèle hollandais. Malheureusement, ces réformes ne sont pas au goût du peuple qui réclame le respect de la charte, et provoque la disgrâce du Roi. Epoux d’Isabelle d’Autriche, sœur de Charles Quint avec qui il eut trois enfants (voir le portrait peint par Gossaert de la collection royale au château de Windsor), Christian fréquente les ateliers des meilleurs artistes.
Identique au tableau du musée de Leipzig[1], notre version reprend les caractéristiques d’une gravure détaillée des armoiries scandinaves et datée de 1523 par le peintre[2]. Présenté en buste de trois quarts, Christian II sert dans ses mains un linge blanc, échos à sa fine chemise plissée. Sa lourde fourrure brune, d’une qualité illusionniste étonnante, donne du relief à sa carrure, et impose ainsi le rang et le statut de ce souverain. C’est sans compter sur un détail de choix : autour de son cou et pendu à un épais lacet de cuit, la toison de bélier le l’ordre du même nom nous renseigne sur l’appartenance du beau-frère de Charles Quint à cette institution prestigieuse. En effet, L’ordre de la Toison d’Or est un ordre de chevalerie fondé à Bruges en 1430 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, à l'occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal. D’un nom tiré du fameux mythe grec, cet ordre était destiné à lier la noblesse des États bourguignons. L'ordre ne se transmettait que par les hommes, ou à l'époux de l'héritière jusqu'à majorité du fils de celle-ci. Ainsi l'ordre arriva-t-il à l'empereur Charles Quint, frère de l’épouse de Christian II. Pour anecdote, lors d’une altercation entre l’Empereur des Habsbourg et le souverain danois, notre modèle fut pris d’une telle rage qu’il brisa son collier en mille morceaux.
C’est donc un personnage que l’on disait tyrannique que peint ici celui qui l’accueillit pour un bref séjour en sa riche demeure de Wittenberg. Les épaules larges, les poings serrés et le regard perçant, Christian II demeure à la postérité sous les pinceaux de deux grands artistes, Cranach et Gossaert. Gageons que notre version, d’un très beau format et d’une qualité indéniable, ravira les amateurs de l’un des plus grands noms de la Renaissance allemande.
[1] Voir M. Friedländer et J. Rosenberg, Les peintures de Lucas Cranach, Paris, 1978, n°150A, p.103.
[2] Cranach et son temps, cat. exp. musée du Luxembourg, Paris. 9 février - 23 mai 2011, Flammarion, n°138 p.225
1472 Kronach - Weimar 1553
Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein...
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Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein le Jeune et Albrecht Dürer comme l’un des principaux représentants de la Renaissance allemande.
A la fois peintre et graveur, ami de Martin Luther et de nombreux humanistes, il traite avec succès des scènes religieuses et mythologiques, des portraits et des nus féminins qu’il identifie souvent à Lucrèce ou à Vénus. Jusqu’en 1498, il étudie avec son père, Hans, qui influença le début de sa carrière. Il voyage ensuite à Vienne, où il semble s’établir en 1500.
Les premières œuvres connues de l’artiste datent de cette période ; ce sont des scènes religieuses où les couleurs éclatantes et expressives sont une preuve de son pouvoir créatif. En 1505, il devient peintre de la cour des électeurs de Saxe. Il décore leurs châteaux, peint leurs portraits et ceux de leurs épouses, exécute des retables et réalise également des sujets profanes. En 1508, l’Electeur Frédéric de Saxe accorde à Cranach son blason au serpent ailé, qui devient la signature de l’artiste. Ses fils Hans et Lucas le Jeune font partie de ses assistants. Imitant fidèlement son style, ils jouèrent un rôle important dans les œuvres produites par son atelier.
Excepté une visite aux Pays-Bas en 1508, le maître réside de façon presque ininterrompue à Wittenberg. Citoyen important, il siège à l’assemblée de la ville en 1519 et exerce la charge de bourgmestre en 1537 et 1540. Malgré les nombreuses influences qui marquent son époque, son œuvre reste fidèle aux traditions gothiques.