Peinture flamande et tableaux de maîtres anciens par la Galerie De Jonckheere



Provenance :
Collection privée
La représentation des jeux de cartes ou de hasard est un des thèmes favoris des peintres hollandais du XVIIe siècle. Jacob Duck nous invite à rejoindre une...
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Collection privée
La représentation des jeux de cartes ou de hasard est un des thèmes favoris des peintres hollandais du XVIIe siècle. Jacob Duck nous invite à rejoindre une partie de tric-trac. Deux couples, installés autour d’une table, semblent absorbés par ce fameux jeu de hasard, qui consiste à obtenir un maximum de points à coups de dés. Ne se pratiquant qu’à deux, le second couple est cantonné au spectacle.
Appelées généralement « joyeuses compagnies », les scènes d’intérieur faisant état de loisirs destinés à la classe moyenne apparaissent, au XVIIe siècle, sous le nom de geselschap ou geselschapje. Il s’agit à vrai dire de réunions de jeunes gens de bonne famille, vêtus à la mode, s’adonnant à des divertissements dans des intérieurs ou des jardins. Les artistes haarlémois sont les premiers à se spécialiser dans ces compositions, mais sont rejoints par des artistes d’Utrecht et d’autres villes qui commencent eux aussi à développer ce thème. La particularité de ces derniers est de transposer ces scènes d’intérieurs dans des salles destinées au repos des gardes (cortegaerdje) ; ces scènes furent d’ailleurs largement diffusées par la gravure. Chez Duck, ses scènes rappellent plutôt, toutes proportions gardées, les scènes de bordels (bordeeltje), et font appel à une iconographie rigoureuse et singulière.
Dans un intérieur particulièrement lumineux, quatre jeunes gens sont réunis autour de la table de jeu. Derrière eux, dans l’embrasure de la porte se tient une domestique. Souvent nombreux dans les salles de garde ou les tavernes, les personnages de Duck sont brillamment esquissés. Ici, il s’applique sur quatre figures. La jeune femme vêtue de bleu et d’une coiffe à plume cherche le regard de la seconde jeune femme visiblement fatiguée, dont la tête repose dans sa main. Cette attitude assoupie reflète sûrement le goût de Duck pour les personnages en proie au sommeil : ses salles de gardes en sont pleines… La lumière se diffuse dans la pièce grâce à son vêtement ample et souple, dont le jaune doré se prolonge sur la table de jeu. A ses côtés, un garde, encore couvert de son chapeau observe la scène. Présenté dos au spectateur, le joueur appuyé sur la table, offre un magnifique effet de raccourci. Sur le petit tabouret du premier plan, il a déposé chapeau, pipe, cape et armes. Telle une nature morte, les objets forment un magnifique ensemble. Au mur, des instruments de musique sont suspendus.
La présentation des joueurs de tric-trac est un cas à part dans l’œuvre de Duck. Il en réalise plusieurs autour de 1630 . On connaît d’ailleurs ce jeu par les peintures de l’amstellodamois Duyster et le natif d’Utrecht Dirk van Baburen. En 1546, Cornelis Anthonisz gravait un de ces plateaux de jeu de hasard. Mais nous pouvons davantage rapprocher notre tableau de la gravure de Jacob Matham, issu de la série sur la conséquence de l’ivresse . Mais la volonté de Duck ne semble pas toucher à la morale. Ce que Matham induit est qu’une fois la partie finie, les verres vidés, l’entremetteuse peut officier. Chez notre artiste, le propos semble se rapprocher du sens flamand de tric-trac : « verkeerspel » vient de verkeer, qui signifie tenir compagnie à quelqu’un. Souvent plusieurs couples sont présents : l’idée de communauté fait toute la nuance avec les scènes de bordeeltje. Certes, le garde s’est sustenté : une assiette d’étain est laissée vide. Mais il ne semble pas avoir abusé du vin.
Au niveau de la technique picturale, le traitement de la lumière tient une importance primordiale. Jouant sur de larges baies vitrées, l’artiste n’hésite pas à baigner sa composition d’un flot de lumière donnant à la scène tout son modelé. Ce jeu parfaitement maîtrisé d’ombre et de clarté renforce la dynamique de la composition, enrichi la palette des couleurs et affine notre perception des matières… Que cela soit par son thème ou par sa facture, cette partie de tric-trac représente la synthèse parfaite entre les scènes de tavernes et les représentations de salles de gardes, chères à l’artiste. Composant une œuvre de grande finesse dans un style parfaitement abouti, Jacob Duck nous livre ici un des plus beaux exemples de la peinture de genre hollandaise du XVIIe siècle.
Vers 1600 – Utrecht – 1667
Peintre de genre et aquafortiste, Jacob Duck est né vers 1600 à Utrecht, dans une famille proche du milieu artistique, comme en atteste la signature d’Abraham ...
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Peintre de genre et aquafortiste, Jacob Duck est né vers 1600 à Utrecht, dans une famille proche du milieu artistique, comme en atteste la signature d’Abraham Bloemaert en tant que témoin sur le testament de ses parents. En 1611, Jacob est placé comme apprenti chez un orfèvre d’Utrecht. Il est d’ailleurs enregistré à la guilde des orfèvres de cette même ville en 1619. Il est mentionné plus tard en 1621 auprès de J.C Droochsloot (1586-1666). Il apparaît ensuite dans les archives de la guilde de Saint Luc en 1621 en tant qu’apprenti portraitiste et obtient sa maîtrise entre 1630 et 1632. Puis, il est inscrit dans les archives de la guilde d’Haarlem où il résidait vers 1636. Enfin, son nom est mentionné à La Haye entre 1656 et 1660. Il rentre finalement à Utrecht pour y mourir vers 1667. Ruiné, ses six filles le font incinérer le 28 janvier 1667.
Duck perpétue la grande tradition des scènes militaires, des corps de garde et des réunions mondaines, popularisée par les peintres d’Amsterdam et de Delft, tels Willem Duyster dont il égale les talents de coloriste, Pieter Codde, J. Olis ou A. Palamedesz. Il a peint par ailleurs des scènes de tavernes, des activités domestiques, des parties de jeux. Sa composition se caractérise par une perspective légèrement oblique où le sol paraît toujours plus élevé sur la droite que sur la gauche ; par des éléments de décor repris aux natures mortes tels que les instruments de musique, les belles pièces de tissus, les jeux, les pipes en terre, les plats qui évoquent l’oisiveté et ses futilités, la condition mortelle de l’homme, le caractère éphémère des plaisirs.
Peinture de sujets en même temps que narrations pleines de verve, à la fois documents sociaux et faits esthétiques, les œuvres de Jacob Duck proposent aux amateurs imprégnés d’une morale calviniste des plus austères, une réelle évasion par l’image. Les jeux de cartes ou de tric-trac, dont les parties se déroulaient autant dans les tavernes que dans les maisons, furent des passe-temps très populaires au XVIIe siècle. Jacob Duck nous offre des scènes de société où les gens s’amusent, symptomatiques d’une réaction contre le conventionnalisme moral et religieux qui régnait dans la République hollandaise. Jamais ses personnages ne tombent dans une liesse outrancière : les scènes commentent des attitudes d’une société à l’égard de tous les aspects de la vie privée ou publique, non sans talent et avec une extrême subtilité.
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