Monogrammé.
Provenance : collection privée.
Cette composition aérée, de grand format, offre une belle exécution picturale sur le thème des ruines. Le travail rigoureux et précieux de Jacob...
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Provenance : collection privée.
Cette composition aérée, de grand format, offre une belle exécution picturale sur le thème des ruines. Le travail rigoureux et précieux de Jacob Grimmer lui permet de diviser le panneau en deux univers à l’ambiance bien distincte. Sur le côté gauche, les ruines, envahies de verdure, offrent un cadre idéal au développement de la légende de Quintus Cincinnatus. Sur la droite, le peintre exécute avec facilité et souplesse, une succession de plans qui s’éloignent vers l’horizon. Grimmer joue sur une palette de bleu, de jaune et d’orangé, afin de conduire le regard du spectateur le plus loin possible dans l’univers de son tableau. De nombreuses routes sinueuses nous entraînent ainsi à travers les collines du Latium pour nous mener invariablement vers la ville de Rome qui s’étend à l’horizon.
Jacob Grimmer peint ici un évènement historique particulièrement emblématique des valeurs de la République Romaine. L’action se déroule en 457 avant J.-C., alors que Rome connaît une crise majeure dans son histoire et risque de se voir détruite par le peuple des Sabins. Face à la menace, le Sénat décide de céder le pouvoir à l’homme le plus intègre de la Cité, connu pour l’austérité de ses mœurs. Le peintre visualise la scène décrite part Tite Live dans son Histoire Romaine. "Quintus Cincinnatus était en train de travailler la terre quand une délégation de notables le prie de mettre sa toge, afin de recevoir une communication du Sénat. Il s’étonne, demande : "Rien de trop grave ?" et dit à sa femme Racilia d’aller vite chercher sa toge dans sa chaumière. Aussitôt la délégation proclame le dictateur, le félicite, le prie de venir sauver Rome et le met au courant de la panique qui règne dans l’armée". Les Sabins vaincus et la paix revenue dans la Cité, Cincinnatus redonnera le pouvoir au Sénat et retournera à sa charrue. Le texte gravé sur le fragment de marbre, au premier plan à gauche, donne l’explication du tableau et permet au peintre d’y inclure son monogramme :
L. Quintius Cincinnatus
Ab Aratro Voctus
Et
Dictador Creatus
G
Pourtant, à la vue du tableau, le message politique peut paraître secondaire. Jacob Grimmer plonge le spectateur dans la calme quiétude de la campagne italienne. L’atmosphère se veut bucolique et pittoresque. Les vachers au premier plan ramènent le bétail au village tandis que d’autres paysans se sont allongés paisiblement dans l’herbe. L’architecture des ruines baigne dans une lumière chaleureuse et dorée qui se reflète dans l’eau de la marre. Les montagnes, à l’arrière, sont recouvertes d’une nature plus abondante et les chemins paraissent déjà moins praticables. Effet de style et preuve d’une grande maîtrise des perspectives, le peintre s’amuse à multiplier les plans au sein du panneau, partant du fragment de marbre pour arriver tout naturellement à la ville de Rome perdue dans les brumes de la chaleur.
Ce tableau par sa beauté d’exécution, par sa richesse chromatique et pas ses idéaux, restera dans le corpus du maître comme une de ses œuvres les plus abouties.
Vers 1526 - Anvers - 1589
Jacob Grimmer, contemporain de Pieter Bruegel I, est né à Anvers vers 1526. C’est dans cette ville qu’il fait son apprentissage en 1539. Il est l’élève de Gabriel Bauwens,...
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Jacob Grimmer, contemporain de Pieter Bruegel I, est né à Anvers vers 1526. C’est dans cette ville qu’il fait son apprentissage en 1539. Il est l’élève de Gabriel Bauwens, Mathys Cock et Cerstian van den Queckborn. En 1547 il est reçu franc-maître. En 1548 il se marie et a quatre enfants. Il est vraisemblable qu’il fit le voyage en Italie comme il était alors d’usage pour les jeunes peintres.
Son œuvre marque un tournant capital dans l’évolution du paysage flamand du XVIe siècle. Son interprétation du paysage, inspirée des vues des environs d’Anvers et les scènes rurales qui y sont intégrées montrent une conception nouvelle d’une maturité exceptionnelle.
Le paysage simplifié et uni qui fait son apparition vers le milieu du siècle, est en grande partie son invention. Le panorama fantastique, les rochers gigantesques à formes capricieuses, les accidents de la nature tels que les affectionnait encore Lucas Gassel, sont délaissés au profit d’une simplicité et d’une authenticité jamais atteintes auparavant. La couleur également se fait plus vraie avec un souci permanent de rendre les valeurs atmosphériques et est agencée en fonction de la cohérence de tous les détails dans un souci permanent de l’unité de la composition.
Il se plait le plus souvent à étoffer ses paysages de personnages et de petites scènes anecdotiques avec la même spontanéité, la même vision naturaliste, sans se préoccuper de donner une explication fataliste des choses comme l’aurait fait Pieter Bruegel. Martin van Cleve et Gillis Mostert ont collaboré avec lui. Son influence fut grande et il inspira de nombreux peintres tels que son fils Abel mais également Gillis van Coninxloo, Jan Brueghel II ou Jan Wildens.