Provenance : collection privée.
Cette composition de Pieter Huys ne peut renier l’influence profonde qu’eut Jérôme Bosch sur la créativité artistique du XVIe siècle. Cette Descente aux limbes...
lire la suiteProvenance : collection privée.
Cette composition de Pieter Huys ne peut renier l’influence profonde qu’eut Jérôme Bosch sur la créativité artistique du XVIe siècle. Cette Descente aux limbes nous fait pénétrer d’emblée dans un monde excentrique, fantaisiste et barbare, dans lequel la vitalité des images et des formes issues du Moyen-âge est encore pleine de verve et de fraîcheur. Loin de l’Italie, la Renaissance au Nord de l’Europe ne se limite pas à la redécouverte des canons de l’Antiquité classique. Ce panneau de Pieter Huys en est un parfait exemple.
Dans la "géographie" de la religion catholique, les limbes correspondent à deux lieux de l'au-delà situés aux marches de l'enfer. Les limbes ont ainsi pour fonction de recevoir les âmes des justes morts avant la résurrection du Christ. Elles correspondent au "sein d'Abraham" mentionné dans l'Évangile selon Saint Luc (16:22). Ces âmes, qui ne pouvaient entrer au Paradis, scellé depuis le péché originel d'Adam, sont libérées par Jésus lors de sa descente aux enfers entre le Vendredi saint et le jour de Pâques. La tradition scolastique se fonde ici sur la première épître de Pierre, laquelle indique que Jésus "est allé prêcher aux esprits en prison" (3:19).
Le thème de la descente du Christ dans les limbes permit aux peintres flamands de la Renaissance de développer leur goût des scènes infernales. Le succès immense que rencontra l’œuvre de Jérôme Bosch explique la multiplication des compositions directement inspirées de l’imagination de l’artiste brabançon. A la différence d’autres peintres qui n’hésitaient pas à falsifier la signature de Bosch, Pieter Huys préférait signer de son nom. Ce fait semble prouver la notoriété de Pieter Huys comme peintre spécialisé dans les "diableries" dont l’œuvre était appréciée comme telle et non comme une simple copie de Jérôme Bosch.
Loin d’être un simple suiveur de Bosch, Pieter Huys était et sera toujours apprécié pour sa facture large, rapide et expressive ainsi que pour le choix de ses coloris plein de distinction. Cette œuvre en est un parfait exemple : on peut la considérer comme l’une des manifestations les plus profondes de son tempérament.
Vers 1519 - Anvers - 1584
Les documents écrits concernant Pieter Huys sont peu nombreux. Fils et élève d’un paysagiste obscur, frère du graveur Franz Huys, il est né à Anvers vers 1519. Il est...
lire la suiteVers 1519 - Anvers - 1584
Les documents écrits concernant Pieter Huys sont peu nombreux. Fils et élève d’un paysagiste obscur, frère du graveur Franz Huys, il est né à Anvers vers 1519. Il est inscrit comme maître à la corporation de cette même ville en 1545. Il entre alors au service du graveur et éditeur d’estampes Jérôme Cock. On le retrouve après 1560 au sein de la maison d’édition Plantin avec pour charge de décorer les livres. On connaît de lui une douzaine d’oeuvres signées dont les dates s’échelonnent de 1547 à 1577. Un tiers d’entre elles reprennent le thème de la Tentation de Saint-Antoine.
Pieter Huys fut un des successeurs les plus adroits de Jérôme Bosch. Il a puisé dans son répertoire iconographique ses monstrueuses diableries tout en apprenant à maîtriser la construction technique d’un ensemble cohérent digne des compositions graphiques du maître de Bois-le-Duc ou de Jan Mandyn, son illustre contemporain. Il développa également sa propre imagination en inventant des formes originales pleines d’audace qui lui permirent de participer pleinement à la révolution stylistique qui s’empara des Pays-bas durant le XVIème siècle, le siècle d’or de la Renaissance au Nord de l’Europe.
Cette prédilection pour les représentations de diableries lui permettait de mettre en scène des visions fantasmagoriques d’un monde étrange et chaotique, en proie aux puissances démoniaques, où se côtoient des êtres hybrides, composites et aberrants. S’il emprunte les affreuses hallucinations fantastiques et cauchemardesques à Bosch, il les introduit cependant dans une nature d’esprit plus réaliste, dans des sites plus crédibles. Ses figurations en délire atteignent une objectivité dans les détails qui le distingue des multiples et piètres imitateurs de Bosch.
Pieter Huys joue un rôle important dans le genre satirique du XVIe siècle grâce à ses visions plus drolatiques qu’inquiétantes. Excellent coloriste, il combine avec subtilité les apports de Bosch et de Brueghel.