Provenance :
Collection privée.
Peint avec finesse et méticulosité, ce très beau paysage de neige avec château fort et jeux sur glace témoigne de la maestria atteinte par Abel Grimmer au...
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Collection privée.
Peint avec finesse et méticulosité, ce très beau paysage de neige avec château fort et jeux sur glace témoigne de la maestria atteinte par Abel Grimmer au tournant des XVIe et XVIIe siècles. Alliant l’épure des couleurs et la vivacité du mouvement, cette composition se veut un condensé du talent de l’artiste. Inscrite dans la tradition picturale des livres d’heures de la fin de l’époque médiévale, elle s’inspire également de l’œuvre de Pieter Brueghel l’Ancien. Grimmer y ajoute cependant la singularité de son style, fait de couleurs sonores et d’une simplification des formes résolument moderne.
Le thème du paysage d’hiver est particulièrement apprécié par l’artiste. Bénéficiant d’une large clientèle, Abel Grimmer va développer un vocabulaire pictographique qui lui est propre : l’étang (ou le vivier) gelé en forme de losange, les villageois s’adonnant aux plaisirs du patinage, les soldats vêtu à l’espagnole croisant une carriole sont autant de références rythmant cette scène hivernale. Génie de la couleur, Grimmer nous démontre son savoir-faire dans le rendu des camaïeux de blanc et de gris tout en éparpillant au cœur de sa composition une multitude de petites taches rouge vif, crépitant sous nos yeux comme les flammes d’un feu d’artifice.
Si le premier coup d’œil du spectateur peut lui faire croire à une simple célébration des joies de l’hiver, un regard plus attentif lui permettra de comprendre que la scène, à l’image sans doute de la célèbre Trappe aux oiseaux de Pieter Brueghel, recèle un sens caché qui vient enrichir l’ensemble du discours. Cette composition, dont une version est présente dans les
collections du musée Smit van Gelder d’Anvers , oppose les scènes cocasses qu’offrent une bataille de boules de neige ou encore les glissades plus ou moins contrôlées de paysans s’aventurant sur la glace. On y trouve aussi dees scènes tragiques comme cet homme qui tombe dans les douves du château ou encore cette maison en flamme que bien peu de monde semble vouloir éteindre. Aussi curieux que cela paraisse, l’incendie ne semble pas ébranler le reste des villageois qui ont élu pour terrain de jeu le lac gelé. Sur cette patinoire naturelle, des courses de luge et une partie de kolf (ancêtre du hockey et du golf) s’improvisent.
Grimmer prend un soin tout particulier à dépeindre méticuleusement le village et son château. La magnifique gentilhommière, bordée par quatre tourelles, se dresse au centre de la composition. Les larges maisons du hameau l’entourent. La brique et le torchis donnent à l’ensemble une couleur ocre qui semble réchauffer l’épaisse couche de neige. Pourtant, venant briser cette image idyllique d’un monde riche et insouciant, le ciel anthracite donne une tension presque dramatique à l’ensemble. Faisant sans nul doute écho à l’incendie, il rappelle la précarité de l’existence et la fragilité d’un bonheur égoïste.
Connu comme étant un des grands maîtres du paysage flamand, Abel Grimmer se dévoile dans cette composition comme un des grands chroniqueurs de la vie de son temps.
1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde...
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Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592.
Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l’insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d’une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l’Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l’esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d’architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l’on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d’églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d’Anvers et ses tours de Babel.
Il fait preuve d’une très grande habileté de dessinateur, d’un sens de l’observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l’exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons.
On a pu dire de lui, quand on ne connaissait guère encore l’étendue de son œuvre, qu’il “simplifiait la nature avec une charmante et poétique naïveté, accompagnée d’une grande maîtrise d’exécution”. En fait, sa conception picturale allie un certain réalisme du paysage, en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures.