Signé du serpent de l’artiste en haut à gauche
Provenance :
Christie's, London, 14 janvier 1888, lot 9, comme 'L. Cranach' ;
Collection F.G. Jackel;
Collection privée
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lire la suiteSigné du serpent de l’artiste en haut à gauche
Provenance :
Christie's, London, 14 janvier 1888, lot 9, comme 'L. Cranach' ;
Collection F.G. Jackel;
Collection privée
Sujet presque inédit dans l’œuvre de Lucas Cranach, le Christ Enfant et Saint Jean-Baptiste est un thème dérivé des saintes familles italiennes, que Léonard de Vinci ou Raphaël se plaisent à peindre dans le giron de la Vierge. Mais ici, c’est avec une mise en scène toute particulière que Cranach illustre un des sujets les plus populaires de la Haute Renaissance.
Notre tableau, Le Christ enfant et Saint Jean-Baptiste, tient une place singulière dans le corpus de l’artiste. En effet, si l’on trouve souvent Saint Jean-Baptiste accompagnant le Christ dans les bras de sa mère, il est plus rare de voir représenté les deux jeunes garçons ensemble. La première version de ce thème date de 1534 (collection Albert Keller, New York), tandis qu’une autre est conservée à Hanovre. C’est sans compter sur une troisième version, la plus relative à la notre, qui est consignée au Wallraf-Richartz Museum de Cologne et datée 1534 également. Et dans cette dernière, Cranach adopte comme dans notre version nous le verrons, le célèbre fond noir qui a fait le succès de ses Venus et Lucrèce.
Dans notre étonnant tableau, le Christ porte une croix de bois desséchée, symbole de son enfance et de son sacrifice, tandis que le jeune Jean-Baptiste porte déjà la peau de bête qui fait allusion à sa retraite dans le désert. A côté de lui, un agneau, qui fait naturellement référence au Christ « agneau de Dieu ». Au détriment des fonds paysagers souvent utilisés dans son œuvre, Cranach préfère glisser sous les pieds de ses protagonistes un amas d’attributs symboliques du mysticisme chrétien. Le peintre fait ainsi référence au « Christ marchant sur les animaux », vainqueur de la mort et du vice. C’est pourquoi on trouve sous leurs pieds multitude de motifs effrayants comme une tête de lion, des serpents et des crânes. Cette iconographie est connue dès la fin de l’Antiquité tardive, et se développe à l’époque médiévale. Son usage prouve l’excellente connaissance et l’intérêt du peintre pour l’iconographie médiévale germanique et carolingienne : le serpent rappelle Eve et Adam au paradis, tandis que le lion se léchant les babines et regardant vers le Christ fait écho à diverses représentations chimériques de Dürer. Aussi, le serpent et le crâne peints au pied de la croix font probablement référence à l’arbre de vie ; croix qui d’ailleurs dans la Légende Dorée proviendrait de bois d’arbres nés de l’arbre de vie. Et pour aller plus loin davantage, l’arbre de vie aurait été planté dans la bouche d’Adam.
Cette iconographie complexe fait sans équivoque de ce tableau un témoin important du contexte politico-religieux de l’époque. En effet, souvent utilisé pour symboliser le triomphe de l’Eglise sur les Hérésies, ce thème renvoie aux questionnements des Humanistes que Cranach fréquente. Ainsi l’ami de Martin Luther aurait-il pu exécuter cette peinture lors de son séjour à Augsbourg, entre 1550 et 1551, soit à la fin de sa carrière alors qu’il rejoint Jean Frédérick le Sage captif de cette ville. La grande qualité de certains détails, comme la finesse du modelé des corps et le traitement raffiné des cheveux sur les visages font de cette œuvre une pièce de choix du corpus Cranach. C’est avec maîtrise mais aussi grâce et délicatesse que le peintre illustre les idées de son temps. Il sait également prendre parti de l’âge des ses personnages pour en faire aussi une image de tendre complicité entre deux jeunes enfants, dont le sort n’est finalement signifié que par des attributs. Dans nombre de tableaux de Charité, Cranach se plait aussi à peindre les enfants, qu’il voit joufflus et enthousiastes. Ici, c’est par une symbolique affutée et un traitement exceptionnel du corps qu’il synthétise une carrière de recherches plastiques, au service des grands penseurs de la Réforme.
1472 Kronach - Weimar 1553
Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein...
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Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein le Jeune et Albrecht Dürer comme l’un des principaux représentants de la Renaissance allemande.
A la fois peintre et graveur, ami de Martin Luther et de nombreux humanistes, il traite avec succès des scènes religieuses et mythologiques, des portraits et des nus féminins qu’il identifie souvent à Lucrèce ou à Vénus. Jusqu’en 1498, il étudie avec son père, Hans, qui influença le début de sa carrière. Il voyage ensuite à Vienne, où il semble s’établir en 1500.
Les premières œuvres connues de l’artiste datent de cette période ; ce sont des scènes religieuses où les couleurs éclatantes et expressives sont une preuve de son pouvoir créatif. En 1505, il devient peintre de la cour des électeurs de Saxe. Il décore leurs châteaux, peint leurs portraits et ceux de leurs épouses, exécute des retables et réalise également des sujets profanes. En 1508, l’Electeur Frédéric de Saxe accorde à Cranach son blason au serpent ailé, qui devient la signature de l’artiste. Ses fils Hans et Lucas le Jeune font partie de ses assistants. Imitant fidèlement son style, ils jouèrent un rôle important dans les œuvres produites par son atelier.
Excepté une visite aux Pays-Bas en 1508, le maître réside de façon presque ininterrompue à Wittenberg. Citoyen important, il siège à l’assemblée de la ville en 1519 et exerce la charge de bourgmestre en 1537 et 1540. Malgré les nombreuses influences qui marquent son époque, son œuvre reste fidèle aux traditions gothiques.