Signé : D-TENIERS-FE.
Porte les armes de la ville d’Anvers et l’inscription "D.Teniers Matignon Duc de Valentinois 1725" au dos.
Oeuvre gravée par J. Daullé, graveur du Roi, 1760, le...
lire la suiteSigné : D-TENIERS-FE.
Porte les armes de la ville d’Anvers et l’inscription "D.Teniers Matignon Duc de Valentinois 1725" au dos.
Oeuvre gravée par J. Daullé, graveur du Roi, 1760, le Chirurgien de campagne.
Provenance :
• collection de Jacques François Léonor Goyon de Matignon (né à Torigny sur Vire en 1689 et décédé en 1751 à l’Hôtel Matignon). Il était le fils de Jacques III Goyon de Matignon, comte de Torigny 1644-1725 et de Charlotte Goyon de Matignon 1657-1721. De par son mariage avec Louise Hippolyte Grimaldi, Duchesse de Valentinois, il devint prince souverain de Monaco en 1715. (Titulature : Comte de Torigny, sire de Matignon, baron de Saint-Lô, baron de la Luthumière, baron de Hambye et duc d'Estouteville ; gouverneur des Iles Chausey, Son Altesse Sérénissime le duc de Valentinois. Son Altesse Sérénissime le prince Jacques Ier de Monaco) ;
• collection de Madame Clinton-Baker ;
• vente Sotheby’s, Londres, 26 février 1958, lot 31 ;
• collection de Martin Asscher, 1970 ;
• collection Duits, Londres ;
• collection privée.
Thème récurrent dans l’œuvre de David Teniers II, le "charlatanisme" est ingénieusement dépeint dans cette composition comme un homme se faisant passer pour le chirurgien qu’il n’est pas aux dépends de son patient. Sous cette forme, le sujet peut également être vu comme une allégorie du sens du toucher. C’est toute la verve satirique de David Teniers qui s’exprime dans cette scène savoureuse illustrant les affres et les souffrances d’un paysan en visite chez un chirurgien de campagne.
Notre panneau est à rapprocher du tableau portant le même titre et actuellement conservé au Szépmüvészeti Muzeum à Budapest. On retrouve cette composition resserrée en close up mettant en scène un vieux paysan examiné par cet Esculape campagnard accompagné d’un probable apprenti et d’une femme. Cette dernière, parente du malade ou peut-être infirmière de fortune aux compétences douteuses, clôture formellement et dramatiquement la triade des personnages, un peu d’ailleurs à la manière de l’assistante de Salomé, mais aussi, de ces vieilles entremetteuses que l’on retrouve de façon récurrente dans les scènes galantes de la peinture flamande et hollandaise du XVIIe siècle.
L’assemblage hétéroclite des fioles, pots et autres accessoires disparates meublant ce cabinet de fortune suggère un manque de professionnalisme évident. Cette idée est d’autant plus renforcée par le hibou qui au XVIIe siècle était le symbole de la stupidité et de la crédulité. Il fait écho à la représentation satirique habituelle du charlatan. Le bol en laiton, outil spécifique au rasage, révèle que la vraie profession de ce prétendu chirurgien est celui d'un simple barbier. Cette particularité du métier de barbier qui le conduit parfois à faire acte de chirurgie se voit d’ailleurs corroborée par l’histoire de la médecine qui nous révèle que ce genre de pratiques étaient assez courantes jusqu’au XIXe siècle.
Minutieuse et travaillée, la facture de cette composition montre un David Teniers à son apogée. La qualité de la composition ainsi que le rendu des objets (le verre des fiolles, le grès des pots, la terre battue ou encore le tissu des vêtements) permettent à Margret Klinge de dater ce panneau du milieu des années 1660.
À l’instar de Pierre Brueghel l’Ancien dont l’influence est perceptible sur plusieurs générations, David Teniers voit son œuvre se répercuter à travers les siècles et les frontières allant même jusqu’à sensibiliser la peinture française du XVIIIe siècle, notamment avec Watteau.
1610 Anvers - Bruxelles 1690
David Teniers compte avec Adriaen Brouwer parmi les plus grands peintres flamands de genre du XVIIe siècle. Ses scènes villageoises servirent de modèle aux...
lire la suite1610 Anvers - Bruxelles 1690
David Teniers compte avec Adriaen Brouwer parmi les plus grands peintres flamands de genre du XVIIe siècle. Ses scènes villageoises servirent de modèle aux tapisseries des XVIIe et XVIIIe siècles. Doyen de la Gilde de Saint-Luc d’Anvers en 1645, il s’installe à Bruxelles en 1651 où l’archiduc Léopold Guillaume le nomme peintre de la Cour et administrateur de sa collection. Ses premières scènes de genre accusent l’influence d’Adriaen Brouwer et il peint à ses débuts des paysages à la manière de Jan Brueghel et de Paul Bril. Il acquiert par la suite un style personnel qui allie les tons clairs à des coloris chauds. Ses thèmes se diversifient et il réalise outre des scènes rustiques, des tableaux où apparaissent des magiciens, sorcières, médecins et alchimistes. Les personnages font parfois place à des singes ou à des chats costumés. Teniers s’inspire en outre de sujets religieux, mythologiques et littéraires : il peint des allégories et des évènements contemporains ainsi que des portraits. En ce qui concerne les scènes de genre, Teniers a considérablement élargi le répertoire de Brouwer, multipliant les kermesses et autres réjouissances populaires. Et c’est dans des tableaux comme “La fête paysanne” du Prado à Madrid, “Le buveur attablé” du Louvre, ou “La tabagie” au Musée du Petit Palais, que l’art de ce grand peintre exulte.