Provenance :
Collection privée.
Le thème du héros tenté passionne depuis l’Antiquité les artistes : vainqueur du mal, résistant aux épreuves, impassible devant la tentation, Saint Antoine est...
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Collection privée.
Le thème du héros tenté passionne depuis l’Antiquité les artistes : vainqueur du mal, résistant aux épreuves, impassible devant la tentation, Saint Antoine est un de ceux à avoir su braver le malin et ses nombreux vices. Ermite, il est la figure biblique représentative du triomphe de la raison. Une fois n’est pas coutume, le suiveur de Bosch Jan Mandijn s’attaque à ce monstre sacré dont la première apparition date probablement de la sculpture romane. Eclipsé durant la période gothique, ce thème connait un essor considérable en Occident au XVIe et XVIIe siècle. Au beau milieu d’assaillants et autres suppôts de Satan, campé dans un grand paysage panoramique, notre Patron des Antonites se recueille pour faire abstraction de la faune fantastique imaginée par Mandijn.
A l’instar du maître de Bois-le-Duc, Mandijn utilise un vocabulaire iconographique à en faire pâlie plus d’un. Une horde de personnages aussi étonnants les uns que les autres se dresse derrière le Saint, camouflé sous sa robe de bure à capuchon. Martin Schongauer, dans la seconde moitié du XVe siècle, avait déjà imaginé ces équipées macabres : la gravure qui a précédé les versions de Bosch a surement influencé toute une génération d’artistes, qui voit dans cet épisode le moyen de laisser libre cours à leur imagination. Pour preuve notre petit panneau, aux accents caustiques et délurés qui présente sous la forme d’une frise les différents tentateurs musiciens. Sur un large premier plan, dont le centre est occupé par le Saint dans un abri cocasse, le bestiaire dévoile la maestria de l’artiste. Une coquille d’œuf, symbole alchimique, sert de refuges à une farandole de petits animaux et insectes. Une étendue d’eau occupe la partie droite, de laquelle sort une jeune femme qui pose farouchement sa main sur son sexe. Omniprésente dans le thème de la Tentation, la femme dévoile ses charmes au spectateur, et fait office de tentatrice ; quant à l’Homme il naît bizarrement d’une moule qui mi-ouverte sur la berge. Parfaitement nue devant un auditoire improvisé sur le pont, elle est le symbole du péché et du vice de l’Homme, c’est l’instrument du Diable par excellence. Mais attention, un grylle coquin guète le spectateur licencieux…
Dans les plans suivants, l’artiste s’inspire clairement des maîtres de son temps et traduit le paysage de manière contemporaine. Le doux vallonnement, les nuances de tonalités et la perspective atmosphérique montrent bien la maitrise des préceptes flamands du XVe siècle et le rapprochement indéniable avec notre thème : à l’extrémité gauche, une ville en feu rappelle la « peste de feu » ou l’ergotisme que combattait les Antonites. Dans le ciel, de sombres volatiles gravitent autour d’un sombre personnage blotti dans une cape noire. Peut-être font-ils référence à la Chute des Anges rebelles imaginée par Brueghel ? C’est dans un chromatisme rare qu’est peinte la scène : des tons pastels, un rouge carmin et un vert amande contrastent avec les couleurs sonores boschiennes. La douceur de la polychromie et la lumière diffuse mettent cependant en avant les qualités graphiques du peintre. Par sa fantaisie et l’aura de son sujet, cette scène comblera les amateurs aussi bien avides d’extraordinaire que ceux attachés à la grande tradition flamande du paysage du XVIe siècle.
1502 Haarlem - 1560
Né à Haarlem en 1502, Jan Mandijn s’établit dès 1630 à Anvers. Très rapidement, il s’y bâtit une réputation par ses représentations de scènes telles la Tentation de Saint...
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Né à Haarlem en 1502, Jan Mandijn s’établit dès 1630 à Anvers. Très rapidement, il s’y bâtit une réputation par ses représentations de scènes telles la Tentation de Saint Antoine et Saint Christophe pour lesquelles il puise largement, à l’instar d’un Pieter Huys, dans le bestiaire fantastique d’un Jérôme Bosch. Dans ses compositions plus drolatiques que véritablement inquiétantes, on ne trouve toutefois pas cet arrière-fond d’angoisse caractéristique du maître de Bois-le-Duc. De façon tout aussi caractéristique, il se distingue par le réalisme accru de ses paysages, souvent traité avec un pinceau souple et large.
Les liens privilégiés qu’il entretint avec Pieter Aertsen, ainsi que l’apprentissage que firent chez lui des peintres de figures tels que Jan Mostaert et Bartholomeus Spranger laissent supposer que l’oeuvre du peintre ne se cantonna pas au genre fantastique auquel on associe systématiquement son nom. C’est ainsi que plusieurs historiens d’art essayèrent sans doute un peu hâtivement de rendre à Jan Mandijn la production donnée au Maître du Fils Prodigue. Dans un passé plus récent, c’est avec la figure mystérieuse du Maître de Paul et Barnabé que le rapprochement a été suggéré. S’il est encore actuellement difficile de se prononcer à ce sujet, il est indéniable que Mandijn jouit de son vivant d’un succès d’estime et d’une reconnaissance publique dépassant, ainsi que l’atteste la pension annuelle qu’il recevait de la Ville d’Anvers pour ses travaux de décorateur des sorties annuelles de l’Ommegang, le simple profil d’épigone de Bosch auquel on le réduit généralement.