Provenance :
Collection Mudd, Etats-Unis ; Galerie De Jonckheere ; Collection privée.
Héritier de Pieter Brueghel, Abel Grimmer évoque les quatre saisons dans nombre de ses compositions. La...
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Collection Mudd, Etats-Unis ; Galerie De Jonckheere ; Collection privée.
Héritier de Pieter Brueghel, Abel Grimmer évoque les quatre saisons dans nombre de ses compositions. La représentation des saisons joua un rôle prédominant dans l’art flamand, dès le XVe siècle, à travers les enluminures peintes dans les livres d’heures. Celles-ci sont considérées par les experts comme les prémices à l’invention du paysage. Pieter Brueghel l’Ancien et Lucas van Valckenborch reprirent ce thème et en firent le sujet principal de vastes compositions vibrantes de vie et de poésie. Ces grands tableaux, diffusés par leurs reproductions gravées, inspirèrent les peintres de la génération d’Abel Grimmer. Ce dernier reprit tout naturellement les sujets édités par ses aînés tout en y ajoutant sa marque propre : une stylisation des formes et l’introduction de couleurs puissantes.
Notre panneau de l’été exécuté par Abel Grimmer est une brillante interprétation du célèbre dessin de Pieter Brueghel l’Ancien . Ce dessin, joyau du maniérisme flamand, a inspiré de nombreux artistes dont son fils, Pieter Brueghel le Jeune. Tous ne se sont pas référés au dessin lui-même, mais plutôt à la gravure qui en a été faite par Pieter Cock autour de 1570. Florissante à Anvers au XVIe siècle, la gravure était un formidable moyen de diffusion. Ainsi les artistes pouvaient avoir vent des productions de leurs contemporains.
Résolument moderne, l’agencement des personnages confère à l’œuvre un caractère exceptionnel. Au premier plan, l’homme qui se cambre pour boire, perce littéralement le champ du spectateur par son imposante faux. Ses jambes, traitées en raccourci, font pénétrer le regard du spectateur. Ce personnage serait un clin d’œil au célèbre groupe du Laocoon, sorti de terre à Rome en 1506. Son caractère caricatural, le moissonneur épanchant sa soif jusqu’à en tomber, ajoute à l’œuvre tout son piquant. D’ailleurs, non loin de lui, une paysanne est cachée par l’immense corbeille de fruits qu’elle porte sur sa tête. Peut-être s’agit-il de l’illustration d’un de ces célèbres proverbes flamands, selon lequel l’appréciation d’un melon ou d’une femme est tout aussi délicate ?
Abel Grimmer tire merveilleusement profit de son modèle par sa fabuleuse palette de coloris. Notre version, semblable à celle conservée au musée d’Anvers , présente une rare qualité d’exécution. Les couleurs franches et sonores donnent au tableau toute sa force. Les prés d’un vert tendre s’étendent vers un horizon cristallin duquel émerge un discret moulin. La frondaison des arbres, véritable signature de l’artiste, fait échos à la rondeur sympathique des faciès. On sait le talent de Grimmer dans la représentation des saisons : avec l’Eté, l’artiste nous fait revivre les mois les plus chauds. Associé à l’esprit facétieux de Brueghel, le peintre anversois nous livre ici une de ses plus belles réalisations.
1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde...
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Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592.
Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l’insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d’une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l’Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l’esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d’architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l’on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d’églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d’Anvers et ses tours de Babel.
Il fait preuve d’une très grande habileté de dessinateur, d’un sens de l’observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l’exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons.
On a pu dire de lui, quand on ne connaissait guère encore l’étendue de son œuvre, qu’il “simplifiait la nature avec une charmante et poétique naïveté, accompagnée d’une grande maîtrise d’exécution”. En fait, sa conception picturale allie un certain réalisme du paysage, en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures.