Signé du serpent en bas à gauche. Exécuté vers 1537.
Provenance :
• Berlin, Collection de Mademoiselle Basch, 1911 ;
• collection du comte Einsiedel ;
• Berlin, novembre 1901, lot 98,...
lire la suiteSigné du serpent en bas à gauche. Exécuté vers 1537.
Provenance :
• Berlin, Collection de Mademoiselle Basch, 1911 ;
• collection du comte Einsiedel ;
• Berlin, novembre 1901, lot 98, vente anonyme ;
• Christie's, Londres, 19 avril 1996, lot 239, comme 'Lucas Cranach I' ;
• collection privée.
Peint très probablement pour la cour du prince de Saxe, ce superbe portrait de Lucrèce reprend l’ensemble des canons propres au style si particulier de cette grande dynastie d’artistes qui marqua de son sceau l’histoire de la peinture allemande. La grâce incontestable du modèle et l’expression désarmante de son regard en font une œuvre remarquable au pouvoir de séduction tout à fait troublant.
Femme emblématique de la naissance de la république romaine dont Tite-Live nous conte l’aventure dans le livre premier de son Histoire romaine, Lucrèce a inspiré à de nombreux peintres du XVIe siècle de superbes compositions mettant en valeur sa beauté et sa vertu.
En visite à Rome, Sextus Tarquin fut violemment pris de passion pour Lucrèce, la femme de son cousin. Alors hôte de celui-ci, Sextus Tarquin n’hésita pas à déshonorer Lucrèce. Incarnation de la pureté et de l’honneur romain, Lucrèce décida de mettre fin à ses jours après avoir fait jurer à la noblesse romaine de la venger en chassant les Tarquins de Rome afin d’y établir une république.
Cranach l’Ancien et son fils furent tout au long de leur carrière fascinés par ce grand mythe. Plusieurs versions du drame font aujourd’hui parties des plus grandes collections privées et publiques. A chaque fois, l’artiste met en avant l’instant précis où Lucrèce décide de mettre fin à ses jours et s’apprête à se donner un coup fatal. A l’image de son père, Lucas Cranach le Jeune développe ce genre, dont notre très belle version est un exemple inédit.
Datée des années 1540, cette version signée du serpent illustre parfaitement tout le talent du peintre : le corps de la femme peinte par Cranach se met véritablement au service de la puissance du drame grâce à cette torsion du corps qui lui est si particulière. Dans un mouvement riche en tension, Lucrèce pointe l’arme blanche vers son sein tandis qu’avec force nous la voyons empoigner sa lourde chevelure dans un geste de honte. Vêtue d’un lourd manteau fait d’épaisses fourrures et de riches étoffes, l’héroïne tragique du tableau porte un somptueux collier à son coup ainsi que plusieurs chaines en or venant souligner la blancheur de sa poitrine. Le voile de tulle qui lui couvre une partie du corps, bien loin de cacher quoi que ce soit, souligne encore davantage la beauté du modèle.
Source sans doute de l’intérêt que porte notre époque à l’art de Cranach, l’artiste unit avec science le sensuel au spirituel. Il juxtapose des sentiments qui, dans un premier temps, pourraient sembler inconciliables. Une fois peints côte à côte, ceux-ci s’avèrent pourtant créer l’instant de "magie" que nous attendons dans ce type de compositions. Ce portrait conjugue toute la sensualité d’un corps qui se dénude et l’instant dramatique qui précède l’irréparable. Lucrèce, symbole de courage et de pureté virginal nous trouble. Sa peau laiteuse et le galbe ferme de sa chair démontrent le talent de l’artiste, qui associe à la nudité innocente et la dignité d’une femme de rang.
D’autres versions non signées nous sont connues, comme celle conservée au musée autrichien de Graz. Lucrèce peut y exprimer tantôt la douleur (Muzeum Narodowe, Varsovie), le désespoir (Gemäldegalerie de Kassel), tantôt l’impassibilité (château de Berlin-Brandenburg), ou même lancer un profond regard au spectateur, témoin de son acte ( Neue Residenz de Bamberg). Dans notre version, Lucrèce adresse un dernier adieu au spectateur, retenant le fin voile qui lui couvre la tête, symbole de honte. Avec une grande maitrise des préceptes plastiques et formels instaurés par son père, Cranach le Jeune dépeint dans cette version de Lucrèce une femme pleine de dignité, icône de la beauté mise au service de la pureté.
1515 Wittenberg - Weimar 1586
Les Cranach, famille allemande de peintres, de dessinateurs et de graveurs, sont actifs en Saxe durant le XVIe siècle. Les deux fils de Lucas Cranach le Vieux, Hans et Lucas le Jeune, s’inscrivent dans la tradition héritée de leur père. Lucas le Jeune est mentionné à quinze ans dans l’atelier de son père. Il en reprend la charge en 1550.
Des deux frères, Lucas le Jeune est le seul à se démarquer davantage du style paternel. Il s’en distingue avec des portraits expressifs et très soignés. Il fait preuve d’une grande indépendance de coloris. Peintre et graveur habile, il est remarqué par le prince-électeur de Dresde, Auguste de Saxe, dont il devient le peintre attitré en 1553. De 1565 à 1568, il est, comme l’avait été son père, bourgmestre de Wittenberg.
Portraitiste accompli, il met au point un art du portrait stylisé et en deux dimensions particulièrement décoratif. Ses scènes mythologiques et ses tableaux de mœurs furent particulièrement appréciés.