Provenance : collection privée française.
Notre panneau présente ici une très belle composition de Vierge à l’Enfant sur un fond paysagé, caractéristique de la production du Maître au...
lire la suiteProvenance : collection privée française.
Notre panneau présente ici une très belle composition de Vierge à l’Enfant sur un fond paysagé, caractéristique de la production du Maître au Perroquet. A la fois fine et élancée, la Vierge tient en son giron l’Enfant dont la posture est ici particulièrement élégante. Le Christ, représenté tel un vrai petit homme, semble d’une grande légèreté, ses pieds effleurant avec grâce le lourd manteau rouge de la Vierge.
Propre au style de ce peintre, la Vierge présente des traits extrêmement féminins, fins et allongés. Aussi, la manière dont elle est assise est prétexte au traitement d’un magnifique drapé rouge, dont les plis, souples et élaborés, sont témoin du talent de l’artiste. La rondeur des joues, le nez long et fin, les paupières légèrement bombées, le menton rond et les doigts effilés sont autant d’éléments typiques du style du Maître au Perroquet. La finesse d’exécution est présente dans les visages des deux personnages : les fins cheveux blonds de la Vierge forment de petites boucles qui courent le long de sa nuque, et par leur couleur dorée, ils participent au rendu harmonieux du visage. La Vierge et l’Enfant se détachent de la composition par une incroyable luminosité, qui donne à leur carnation un aspect de porcelaine.
Contrairement à ses contemporains, le Maître au Perroquet se démarque par le traitement particulièrement raffiné de ses paysages ouvrant sur de magnifiques perspectives. Dans cette version, le regard du spectateur se laisse entraîner par monts et par vaux à la découverte d’un monde fascinant. Le paysage dans lequel se tiennent la Vierge et l’Enfant nous raconte également une histoire. Il est sujet à part entière de la composition : une sorte de troisième personnage. L’arrière-plan de la composition s’ouvre donc sur un hameau cossu environné de riches terres. Un paysan tirant son âne traverse la route (il se pourrait que ce soit Saint Joseph). Par sa taille, par ses couleurs et par sa disposition dans le tableau, le personnage joue parfaitement le rôle de lien entre le sujet principal et le petit village. Attentif aux moindres détails, l’artiste a délicatement posé des cygnes sur le petit lac, au bord duquel une paysanne bat son linge. Sa palette déploie ici des camaïeux de verts et de bleus, donnant à l’atmosphère douceur et quiétude. Notre tableau, en tout point œuvre singulière du Maître au Perroquet, allie harmonieusement image d’une intime piété, et beauté d’un paysage de Flandres du XVIe siècle.
Peintre de figures et de compositions religieuses, ce maître anonyme anversois durant la première moitié du XVIe siècle, fut ainsi désigné par M. J. Friedländer en raison du perroquet qui, sans avoir valeur de signature, figure sur quelques uns de ses tableaux de Madone et avec lequel joue l’Enfant.
Ses représentations de Vierge à l’Enfant et de Sainte-Madeleine, dépeintes sous l’aspect de jeunes aristocrates, vêtues à la mode des environs de 1530, le rapprochent principalement de son contemporain, le Maître des demi-figures, avec lequel style hautement maniériste et mode de production se confondent parfois, et plus rarement des figures de Pieter Coeck d’Alost.
Le type de la Vierge, l’ovale de son visage, l’expression de ses traits, les doigts effilés ainsi que le corps allongé de l’Enfant sont communs aux deux artistes anonymes qui n’ont eu de cesse de rendre un hommage déguisé à la grâce idéale et sensible des nobles femmes de la cour de Marguerite d’Autriche et de Marie de Hongrie.