
Panneau - 67 x 117,5 cm - 1599 - SignéPaysage de neige, Tableaux XVe/XVIe
Signé et daté Kvmander/1599
Provenance :
• probablement propriété de Jan Pietersz van Gils, le tableau est vendu à sa vente du 5 mars 1622 à Delft (lot n°1) pour 200 Guilders ;
• plus tard,...
lire la suiteSigné et daté Kvmander/1599
Provenance :
• probablement propriété de Jan Pietersz van Gils, le tableau est vendu à sa vente du 5 mars 1622 à Delft (lot n°1) pour 200 Guilders ;
• plus tard, Cornelisz Claesz. van Wieringen (c.1575 - 1633) en fait cadeau à son ami Cornelis Cornelisz van Haarlem (1562 - 1638) qui, en paraphrasant son testament, dira de ce tableau "synen goeden vrunst, [...] er een stuck schilderiye wesende een Crucifix gemaect by Karel Vermander" ("Son bon ami, [...] lui a fait don d’une peinture représentant une crucifixion de la main de Carel van mander") ;
• le tableau est propriété de Cornelis Cornelisz van Haarlem jusqu’ à sa mort. Sur l’inventaire de ses biens, daté du 2 mars 1639 (lot n°1), le tableau est attribué à Karel van Mander ("Het wel geordineerde kruis van Karel Vermander") ;
• probablement propriété de Gerard Uylenburg (Amsterdam), le tableau est cité dans son inventaire de 1674 (lot n°111) comme "Een cruysie van Carel ver Mander", il est alors estimé à 60 florins ;
• le tableau est ensuite probablement acquis entre 1870 et 1897 par Robert McKergow (Dunkled House, Burgess Hill) qui le léguera à sa mort à son fils le Lieutenant Colonel R.W. McKergow (mort en 1947), Twineham Grange Sussex, qui le transmettra également à sa descendance, c'est-à-dire à son fils P.R.W. McKergow, Risby Manor, Bury St. Edmonds, Suffolk.
Reconnu par ses paires comme l’un des principaux peintres du début du XVIIe siècle, Carel van Mander nous montre la grandeur de son talent au travers de cette Crucifixion sous la neige. Reprenant à Lucas van Leyde une composition de 1517, qui se composait déjà de différents plans menant progressivement à la colline du Calvaire, van Mander ajoute avec génie une touche "brueghelienne" lorsqu’il introduit l’hiver flamand qui donne à l’œuvre tout son souffle et son originalité.
La scène se compose de prime abord de manière classique. Issue des représentations traditionnelles, une foule de badeaux anime le paysage. Rassemblés sur un chemin en pente, dispersés par petits groupes, soldats, colporteurs, marchands, mendiants et bourgeois regardent comme au spectacle la tragédie macabre qui se déroule sous leurs yeux. Tout est fait pour amener le regard du spectateur vers le centre de gravité de la composition, à savoir la Crucifixion. Carel van Mander illustre avec le talent d’un metteur en scène d’aujourd’hui, un passage bien précis de l’Evangile de Saint Luc :
"Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure.
Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu.
Jésus s'écria d'une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira"
(Chapitre XXIII, versets 44-46)
L’adaptation quasi cinématographique des Ecrits se veut fidèle : une lumière de plus en plus sombre baigne le tableau et empêche le spectateur de savoir si la scène se déroule le jour ou la nuit, la force du vent glacé maltraite les vêtements et les drapeaux annonçant la déchirure du voile, les trois crucifiés, enfin, dont les corps disparaissent dans une nuée sombre et obscure... sont autant de preuves de la merveilleuse maîtrise du peintre.
Habitué à des compositions faites de couleurs vives et fortes, Carel van Mander nous apparaît également comme un maître dans l’art du clair-obscur. Son talent est tel, que le spectateur peut se surprendre à entendre le sifflement du vent et le grondement des cieux en fureur. Ce tableau est une œuvre rarissime et précieuse. Elle atteste, sans conteste, du talent exceptionnel de Carel van Mander.
Littérature : E.K.J. Reznicek, Der Kalvarienberg im schnee, Die Kunst des 16. jahrhunderts. Propyläen Kunstgeschichte, Vol. VIII, Berlin, 1970, pp. 201-202, reproduit fig. 87 ;
E.K.J. Reznicek, Het leerdicht van Karel van Mander en de acribie van Hessel miedema,
Vol. 89, 1975, p. 112, note 33 ;
C. ter Haar, Das Goldene Zeitalter der Literatur in den Niederlanden, Vol. III,
reproduit p. 383;
M. Leesberg, Karel van Mander as a Painter, Vol. 22, 1993/94, No. 1-2, p. 50, No. 18,
p. 28;
A. Bredius (ed.), Künstlerinventare-Urkunden zur Geschichte der Holländischen Kunst des 16., 17. und 18. Jahrhunderts, The Hague 1918-21, Vol. V (1918), pp. 1670, 1751, Vol. VII (1921), Appendice, pp. 77 et 93;
H. Miedema (ed.), Karel van Mander : The lives of the illustrious Netherlandish and German Painters, Doornspijk, 1995, Vol. II, Appendice, p. 109, cat. No. P14, reproduit p. 76.
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1548 Courtrai - Amsterdam 1606
A la fois peintre, auteur de pièce de théâtre, poète et théoricien de l’art de son temps, Carel van Mander nous est principalement connu grâce au « Schilderboeck...
lire la suite1548 Courtrai - Amsterdam 1606
A la fois peintre, auteur de pièce de théâtre, poète et théoricien de l’art de son temps, Carel van Mander nous est principalement connu grâce au « Schilderboeck », ouvrage qu’il publia à Harlem en 1604. Véritable mine d’information sur la peinture du XVIème siècle dans les Pays-bas, le livre nous plonge de manière fascinante dans la vie des artistes de cette époque. L’ouvrage reste encore considéré de nos jours comme une bible pour les historiens d’art. Considéré par ses paires comme étant une figure majeure du monde de la peinture à Amsterdam et à Harlem vers 1600, van Mander n’en demeure pas moins aujourd’hui peu connu en tant que peintre. Nous savons qu’il vécut à Rome de 1573 à 1577 et s’imprégna de l’art italien. Il travailla ensuite à la cour de Rodolphe II, avant de revenir en Hollande, à Haarlem, où il introduisit les idées maniéristes, n’hésitant pas à élaborer des compositions aux couleurs vives faites d’exubérances et de courbes. Les peintures qui nous sont parvenues sont malheureusement rarissimes. Nous n’en conservons la plupart du temps que quelques gravures. Grâce à ces dernières, nous connaissons les thèmes de prédilections d’un peintre qui mêlent intimement la tradition flamande aux idées modernes venues d’Italie.
Au cours de la dernière période de sa vie, Carel van Mander abandonna le maniérisme pour se tourner vers le style de Gillis van Coninxloo avec lequel il collabora à plusieurs reprises. Maître de Frans Hals, il fonda à Haarlem, avec les romanistes Goltzius et Cornelisz une académie pour l’étude du nu connue et respectée dans toute l’Europe du Nord.