Provenance
Finborough Hall, Suffolk, Heirloom n°2 ;
Sir Clavering Fison, Sutton Hall, Sutton, Suffolk, acquis chez Arthur Tooth & Sons, London, in the 1930s ;
Puis par descendance à Mrs. Arnoud...
lire la suiteProvenance
Finborough Hall, Suffolk, Heirloom n°2 ;
Sir Clavering Fison, Sutton Hall, Sutton, Suffolk, acquis chez Arthur Tooth & Sons, London, in the 1930s ;
Puis par descendance à Mrs. Arnoud Waller-Fison;
Vente Londres, Christie's, 13 décembre 1996, lot 79;
Richard Green Fine Paintings, London;
Collection privée.
La Grande Venise, mythique cité des Doges, est au XVIIIe siècle le sujet de prédilection des peintres de vedute. Son grand Canal, serpentant la ville selon un « S » inversé, s’étend aujourd’hui du bassin de San Marco jusqu’à la gare de Santa Lucia. Et sur ses rives se déploient de nombreux palais aux architectures magnifiques qui sont autant d’exercices de perspective pour les artistes de vedute. Michele Marieschi signe avec cette Vue du bassin de San Marco une vision hautement colorée de la Sérénissime.
Les peintres de Venise connaissent au XVIIIe siècle un franc succès auprès d’une clientèle bien spécifique. En effet, les visiteurs venus d’Angleterre pour leur grand tour sont les premiers amateurs de ces vues. Au même titre que Canaletto, Marieschi jouit de cette demande et réalise avec virtuosité les « cartes postales » de son temps. Dans son répertoire figure bien évidemment la vue du Môle, point crucial et arrivée d’exception du circuit vénitien. Sur cette vue panoramique, chacun peut reconnaître les joyaux architecturaux de la ville : Le Palais des Doges, édifice gothique par excellence, la Bibliothèque de Jacopo Sansovino, la Piazzetta qui conduit du bassin à la place San Marco, les colonnes jumelles de Saint Théodore et Saint Marc, et le campanile qui date du IXe siècle, dessinent le profil reconnaissable du premier coup d’œil d’une cité jadis richissime.
Le répertoire de Michele Marieschi est plus largement diffusé à partir de 1741, lorsqu’il publie un recueil de 22 vues intitulé « Magnificentores Selectioresque Urbis Venetiarum Prospectus ». Mais contrairement à Canaletto et à son recueil de 1735 gravé par Antonio Visentini, il marque une large différence entre ses compositions gravées et peintes. Comme dans la Vue du Bassin de San Marco du musée de Philadelphie[1], Marieschi opte pour un grand angle de vue et dispose au premier plan de petites embarcations, tandis que repose devant son palais le bateau du Doge. Ça et là, de petites figures animent de leurs vêtements colorés les eaux de la lagune. Et cette manière picturale de Marieschi, à la fois énergique et contrastée, relayée par d’expressifs contrastes de luminosité, renforce la tension intérieure que génère la composition. La particularité de ce peintre est sans doute son goût pour les points de vue surprenants et notre composition en est bien la preuve. Entre vestiges d’une gloire passée et composition préromantique, notre artiste déploie avec force sur ces façades jaunies par le temps toute la poésie nostalgique de son art.
[1] Michele Marieschi, Vue du Bassin de San Marco, c. 1735-1740, huile sur toile, 60,2 x 113 cm, Philadelphia Museum of Art.
1710 - Venise - 1743
Peintre vénitien d’architecture et de perspectives, spécialiste des vedute comme Canaletto et Bellotto, sa formation et les aléas de sa carrière sont encore mal connus....
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Peintre vénitien d’architecture et de perspectives, spécialiste des vedute comme Canaletto et Bellotto, sa formation et les aléas de sa carrière sont encore mal connus. Fils d’une famille vénitienne modeste, il semblerait qu’il ait commencé sa carrière comme peintre de décor de théâtre. Il passa la première partie de sa vie en Allemagne, où ses œuvres sont très estimées. On trouve une première trace de la vente de ses œuvres à Fano en 1735, avant que le maréchal Schulenberg ne lui achète à son tour quelques vedute. En 1737, de retour à Venise, il épouse Angela Fontana, dont le père est marchand de tableaux, dès lors le couple semble jouir d’un certain confort. En 1741, il publie un recueil de 22 vues intitulé « Magnificentores Selectioresque Urbis Venetiarum Prospectus ». Il pensait surement rivaliser avec le recueil de 1735 d’Antonio Visentini représentant les compositions de Canaletto. Mais dans son cas, les différences entre planches gravées et œuvres peintes sont flagrantes. Sa carrière est cependant avortée, il décède subrepticement à l’âge de 32 ans, laissant derrière lui un œuvre prolixe.
A la façon de Luca Carlevarijs, le premier initiateur de la veduta, il mêle certains éléments réels du paysage avec des ruines classiques, passant de la vue urbaine réelle au “capriccio”. Michele Marieschi adopte la manière précise et minutieuse de Canaletto aussi bien dans la description des monuments que dans celle des barques et des gondoliers. Ses vues de Venise se distinguent toutefois de celles de Canaletto par d’appréciables nuances de palette. De plus, son objectivité va toujours de paire avec un sens poétique très vif. Les figures esquissées qui ponctuent ses compositions ont souvent été attribuées à d'autres artistes, tels que les Guardi ou Tiepolo. Son fils Jacopo lui a succédé et a prolongé la spécialité vénitienne des vedute.