Provenance:
Collection privée
Figure de proue de la nature morte parisienne du milieu du XVIIe siècle, Louise Moillon livre avec cette Nature morte aux prunes et noisettes un exemple...
lire la suiteProvenance:
Collection privée
Figure de proue de la nature morte parisienne du milieu du XVIIe siècle, Louise Moillon livre avec cette Nature morte aux prunes et noisettes un exemple remarquable de son art. Fidèle aux modèles flamands qui bercent son apprentissage, notre artiste allie équilibre et simplicité en nous présentant une corbeille d’osier recueillant des prunes et devant laquelle sont dispersées quelques noisettes.
Découverte lors de l’exposition de 1934 consacrée aux « peintres de la Réalité », cette artiste présente avec ses contemporains rassemblés dans le quartier de Saint Germain des Prés des caractéristiques bien particulières et que cette nature morte illustre pleinement. La grande sobriété du fond, la simplicité élégante de la corbeille d’osier et la noblesse des fruits en font une nature morte de qualité, très en vogue chez les amateurs de son temps. Les prunes, d’habitude associées au plaisir et au péché originel, ne font ici vraisemblablement pas référence à une symbolique particulière. Il faut davantage voir dans ces corbeilles de fruits peintes par Linard, Dupuis ou encore Garnier, une invitation poétique à la contemplation et au goût. Les prunes font partie des fruits de prédilection de notre artiste, avec les abricots et les pêches.
Dans notre toile, alors qu’elle peint plus volontiers sur des panneaux de chêne, Moillon fait se détacher délicatement les fruits d’un fond sombre. A l’instar du panneau du Musée de Strasbourg[1], les prunes violettes ondoient de reflets bleutés. Les feuilles, comme dans la corbeille de prunes et le panier de fraises du Musée des Augustins de Toulouse[2], donnent du relief et du mouvement à la composition : les fruits amoncelés forment une masse homogène tandis que les petits branchages dessinent de légères volutes. Ces coloris francs et lumineux adjoints à ce fond sombre confèrent à cette composition un aspect résolument moderne.
D’ailleurs, cette peinture met en lumière les liens qui unissent les Pays-Bas et l’Italie. Au nord, on se focalise sur l’abondance en une concentration de vivres et de détails minutieux, tandis que plus au Sud, on se préoccupe du devenir d’un genre par des effets de clair-obscur. En cela, Louise Moillon est de celles et ceux qui sont le plus proche d’une esthétique flamande, note Charles Sterling[3]. A en croire la curiosité que suscite cette artiste et les connaissances de sa carrière et de son entourage augmentant, elle mérite bel et bien sa place au panthéon des plus grands peintres des vies silencieuses.
[1] Plat de prunes, panneau, 36,2 x 51,4 cm, signé et daté en bas à droite Louyse Moillon 1632, Strasbourg, Musée des Beaux-Arts.
[2] Corbeille de prunes et panier de fraises, panneau, 46,5 x 59,5 cm, signé et daté en bas à droite Louyse Moillon 1632, Toulouse, Musée des Augustins.
[3] STERLING, Charles, La nature morte de l’Antiquité au XXe siècle, nouvelle édition révisée, Paris, Macula, 1985, p.75.
1610 – Paris 1696
Louise Moillon fut la femme peintre, spécialiste de la nature morte, la plus importante en France au XVIIème siècle. Elle était la fille de Nicolas Moillon, paysagiste et...
lire la suite1610 – Paris 1696
Louise Moillon fut la femme peintre, spécialiste de la nature morte, la plus importante en France au XVIIème siècle. Elle était la fille de Nicolas Moillon, paysagiste et marchand de tableaux, et la soeur d’Isaac, également peintre. Après la mort de son père, sa mère se remaria avec François Garnier en 1620, lui aussi peintre de natures mortes et marchand de tableaux. C’est lui qui se consacra à l’apprentissage de la jeune fille. Le seul tableau connu de François Garnier est une nature morte, signée et datée 1644, représentant, posées sur une table, une branche de cerises et une branche de maquereaux. Il faisait partie de cette école protestante initiée à la nature morte par un groupe d’artistes du Nord, installé autour de Saint–Germain-des-Prés.
La plupart des tableaux de Louise Moillon sont signés et datés. Presque tous se situent avant 1648 et se trouvent principalement dans des collections privées en France. L’interruption de sa carrière artistique peut s’expliquer par son mariage en 1640 avec Etienne Girardot de Clancourt, calviniste et marchand de bois qui lui donna trois enfants et une certaine aisance financière. On sait très peu de choses sur la fin de sa vie, excepté qu’elle dût souffrir beaucoup de la répression protestante, suite à la « révocation de l’Edit de Nantes » en 1685 qui coûta la vie à son mari, provoqua l’exil de deux de ses enfants et sa propre conversion au catholicisme.
Spécialiste de natures mortes, Louise Moillon a, tout au long de sa carrière, préféré les fruits aux fleurs. Sur une table de bois ou une margelle de pierre, elle arrange des abricots, raisins, pêches, prunes dans des coupes de Delft ou des corbeilles d’osier, sur un fond foncé. Rarement, elle anima ses compositions de figures humaines à l’exemple des flamands Snijders et Fijt. Elle appartient avec Picart, Linard et Strosskoff aux Maîtres de la nature morte française de la première moitié du XVIIème siècle dont les oeuvres sont appréciées pour la sobriété de leur disposition.