Provenance : collection privée.
En illustrant des scènes se déroulant dans des maisons closes, le Monogrammiste de Brunswick fait figure de précurseur, juste après Lucas de Leyde. Il est...
lire la suiteProvenance : collection privée.
En illustrant des scènes se déroulant dans des maisons closes, le Monogrammiste de Brunswick fait figure de précurseur, juste après Lucas de Leyde. Il est l’annonciateur d’un nouveau genre. A ce titre, le tableau que nous présentons, a probablement constitué une source d’inspiration pour de nombreux artistes du XVIIe siècle qui reprirent ce sujet de manière répétitive, tels que Adriaen Van Ostade mais également Metsus et Steen. En 1918, le critique d’art Baldass annonce le Monogrammiste de Brunswick comme étant à l’origine des plus anciennes peintures de genre des Pays-Bas ("die ältesten reinen Sittenblider").
L’originalité du sujet est d’autant plus accentuée par son caractère plébéien : l’artiste ne fait ici mention d’aucune morale biblique et autre critique sociale. Il est rare de trouver au XVIe siècle un tableau dépourvu de signification symbolique.
De part son sujet et sa composition, cette peinture doit être rapprochée de deux œuvres : la première, conservée à Berlin à la Gemäldegalerie, et la seconde conservée à Francfort au Städelsches Kunstinstitut (voir M. J. Friedländer, opus cite supra, figs. 235 à 236b). On y retrouve le même souci qu’a l’artiste de se rendre maître de l’espace, d’une façon des plus maîtrisée, par l’utilisation de lignes de fuite créées par les rainures du carrelage, par la perspective d’une porte ouverte laissant entrevoir l’extérieur, par l’étagement d’un escalier mais également par l’apport d’expédients, tel que la table, afin d’établir plusieurs plans, cohérents et reliés les uns aux autres.
Ce tableau est d’autant plus exceptionnel que le Monogrammiste a su y dépeindre consciencieusement une palette d’attitudes et d’expressions aussi bien de face que de profil. On peut y lire la curiosité qu’a l’artiste pour le corps humain en mouvement. Comme ailleurs, il s’essaye avec succès à établir la cohésion du groupe de personnages par l’artifice des gestes et d’actions entrelacés, un ensemble de mouvements qui engendre une difficulté technique.
Il faut également souligner l’utilisation d’une palette chromatique savamment orchestrée. L’artiste joue avec l’alternance de rouge cinabre, de bleu royal, de jaune citron, de jaune d’or, le tout unie par un blanc pur, dans un souci constant de nuance et de graduation. Cette gamme chromatique exceptionnelle alliée à un dessin recherché et maîtrisé, font de ce tableau une œuvre talentueuse et de grande qualité.
À l’origine de cette rixe, un couple de personnages : une servante et un ecclésiastique. Ce dernier tient un bâton qu’il est prêt à utiliser pour frapper un troisième protagoniste, un homme, qui essaye de retenir ce couple illégitime s’apprêtant à monter dans les chambres hautes, où deux probables amants sont déjà présents. Une femme, lui tirant les cheveux avec force, un trousseau de clés à la main laissant ainsi supposer son rôle de tenancière, essaye par tous les moyens de retenir cet homme manifestement jaloux.
Au second plan, un deuxième groupe de personnages est visible : deux hommes en goguette lutinent deux servantes. Ces dernières proposent à leurs deux compagnons de s’asseoir autour de la table où sont déjà disposés verres de vin et assiettes de nourriture, laissant ainsi au spectateur le choix d’imaginer la suite des évènements.
Cet attrait pour la figure humaine, dans des attitudes allant aussi bien jusqu’à la grandiloquence qu’à l’exacerbation, ainsi qu’un dessin scrupuleux souvent animé de petits personnages ont fait du Monogrammiste de Brunswick, un précurseur évident de l’art breughélien.
L’originalité de son sujet alliée à une exécution picturale talentueuse fait de cette composition une œuvre digne d’être associée à l’ensemble des tableaux reconnus comme étant de la main du Monogrammiste de Brunswick.
La galerie Dejonckheere expose également un autre tableau dont le sujet est à rapprocher de celui-ci : "La partie de cartes" de Jan Van Amstel, peintre reconnu par de nombreux historiens de l’art comme étant en réalité le Monogrammiste de Brunswick.
Actif entre 1560 et 1570
Le Monogrammiste de Brunswick est ainsi désigné par un tableau conservé au Musée de Brunswick “ La nourriture du pauvre” selon la parabole de La Cène signé par un groupe d’initiales juxtaposées.
Le corpus rassemblé à partir de cette pièce charnière est constitué de scènes aux personnages en pied de petite taille : tableaux de genre, sujets religieux et représentations naïves de scènes de bordel.
La présence de ce type de scènes suggestives dans le panneau de Karlsruhe “La joyeuse compagnie” de Jan Sanders dit Jan van Hemessen est à la base de l’assimilation du Monogrammiste de Brunswick à van Hemessen. D’autres identifications ont été proposées dont Jan van Amstel, basées sur les dires de Carel van Mander et certains documents anversois.
Les postures variées et languissantes qu’il donne à ses personnages, sa palette claire, sa personnalité affirmée, font de cet artiste un précurseur de Pieter Brueghel.