Provenance :
Galerie De Jonckheere ;
Collection privée
Grand spécialiste de la vanité et des natures mortes décoratives évoquant le temps qui passe, Edwaert Collier nous livre avec cette...
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Galerie De Jonckheere ;
Collection privée
Grand spécialiste de la vanité et des natures mortes décoratives évoquant le temps qui passe, Edwaert Collier nous livre avec cette Nature morte à la coupe d’agrumes et à la montre à gousset sur un tapis d’Orient une partie plus inédite de son art, synthèse entre la nature morte monochrome de l’école d’Haarlem des années 1660 et les luxueux ensembles décoratifs qu’il réalise dans la deuxième partie de sa carrière.
Le goût de l’artiste pour les étoffes précieuses et les objets de luxe s’exprime ici dans une composition à la fois sobre et somptueuse. Le fond sombre et neutre s’agrémente juste d’un épais rideau aux plis vaguement brossés. Ce sentiment d’esquisse vient naturellement renforcer la présence des éléments formant l’avant plan du tableau. Ceux-ci, peints avec minutie, sont d’un réalisme confondant. La composition pyramidale de l’ensemble prend naissance sur un coin de table couvert d’un magnifique tapis d’Orient. Couvrir une table d’un tapis était chose courante dans les Pays-Bas jusqu’il y a peu encore. Arrivant dans les ports nordiques et italiens via les cargaisons des marchands du Bosphore, les tapis étaient un produit de luxe commercialisé à grands frais. Les détails floraux et géométriques en font ici une pièce exotique dans un cadre dépouillé, et ses tonalités ocre et brune font écho aux agrumes disposés dans une coupe de porcelaine. Trois citrons et une orange occupent ce plat en Delft. Le réalisme de leur écorce est d’une qualité rare : les callosités des citrons, ainsi que la rugosité de l’orange montrent toute la maitrise du peintre dans le rendu des matières. Cette qualité technique est également visible dans la représentation du tapis dont la trame du tissage, parfaitement apparente, donne envie de vérifier la souplesse de la laine : ce tableau est en ce sens une parfaite duperie.
A côté de la coupe d’agrumes, on retrouve un élément phare de la nature morte hollandaise : l’assiette en étain. Ce récipient, magnifiquement poli et brillant comme de l’argent, est un élément plastique important qu’aucun peintre n’oublie pour prouver son talent. Faisant office de miroir, l’assiette reflète la porcelaine ainsi que les coloris chauds de l’orange. Délicatement posé sur elle, un couteau sort du champ de la toile pour pénétrer l’espace du spectateur.
Ce procédé courant est instauré dans les premières natures mortes pour sublimer les effets de trompe-l’œil tant recherchés des amateurs de l’époque.
Mais une nature morte ne saurait être complète sans la présence d’un verre. Faire valoir de la maestria d’un artiste, le verre offre de grandes difficultés par la nature même de sa matière : transparente et visible à la fois ! Le verre à boire, objet phare de la production rhénane, oblige une maîtrise parfaite de la technique du glacis. On le retrouve dans plusieurs exemples représentant de riches tables, notamment dans celui de la Hyde Collection de New York . Mais le verre se retrouve également sur la remarquable montre en argent qui occupe le coin inférieur gauche de la table. Outre son caractère précieux, la montre à gousset symbolise le temps qui passe et le caractère éphémère de notre existence . La petite clé qui sert à remonter le mécanisme pend délicatement dans le vide, et ce détail confondant de réalisme surprend quiconque s’en approche. L’extrême raffinement de ce bijou montre le talent de cet artiste, marqué par la peinture de vanité alors très en vogue à Leyde. Edwaert Collier s’en détache pourtant par son refus de l’austérité en mêlant savamment luxe et sobriété. D’une qualité esthétique indéniable, cette étonnante nature morte fait figure d’unicum dans la production du peintre. Gageons que l’exceptionnel talent de ce grand maître en trompe l’œil et le sujet rare d’une composition laissant apparaître une montre à gousset réjouiront les plus fins amateurs des vies silencieuses.
Vers 1640 Breda - Londres 1708
Nous ne connaissons pas la date de naissance exacte d’Edwaert Collier. Né à Breda, les premiers documents font état de sa présence à Haarlem probablement pour sa...
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Nous ne connaissons pas la date de naissance exacte d’Edwaert Collier. Né à Breda, les premiers documents font état de sa présence à Haarlem probablement pour sa formation. Il s’établit ensuite à Leyde, à partir de 1667. Il s’y marie quatre fois et devient membre de la Guilde de Saint-Luc en 1673. Il arrive en 1793 à Londres où il séjourne durant les dernières années de sa vie. Il y est incinéré en septembre 1708.
Haut lieu du calvinisme et de la société intellectuelle qui gravitait autour de sa célèbre université, Leyde devient le centre hollandais de la nature morte dite « vanitas ». Ce type de représentation très codifiée, dont les lointaines origines remontent au XVe siècle, fut inaugurée à Leyde (après une longue période d’oubli) par D. Bailly qui aurait, lui-même, repris un modèle de son maître Jacob de Gheyn.
Une véritable mode de ce type de représentation s’empara des Pays-Bas septentrionaux, qui coïncidait alors avec l’étude des possibilités qu’offrait en peinture la monochromie.
Ses vanités, ainsi que celles de J. Vermeulen et de Pieter Potter, représentent, à travers des descriptions de livres (surtout de livres ouverts, dont il restitue très minutieusement le texte), d’instruments nautiques, de musique et de mesure, les symboles de la futilité de l’existence terrestre. Un nombre relativement restreint d’objets traités dans un fort contraste d’ombre et de lumière s’ordonnent autour d’une ligne directrice, dans une gamme réservée allant du brun au gris et vivifiée par quelques notes plus colorées. Son autoportrait de 1684, qui s’insère dans une vanité, montre l’influence de Bailly. Personnage que l’on disait versatile, il laisse de nombreuses vanités, des portraits et de tableaux de genre ; le trompe-l’œil fit sa renommée.