Provenance : collection privée.
Cette composition s’inscrit dans le goût de l’époque pour la représentation architecturale. Cette mode, très présente à Anvers, existait depuis la deuxième moitié...
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Cette composition s’inscrit dans le goût de l’époque pour la représentation architecturale. Cette mode, très présente à Anvers, existait depuis la deuxième moitié du XVIe siècle avec, comme figure de proue, un peintre comme Hendrick van Steenwyck. Hans et Paul Vredeman de Vries publièrent en 1604 un ouvrage qui influença toute la notion de perspective. La découverte et la traduction flamande du De Architectura de Vitruve mèneront en effet les artistes des Pays-Bas à s’interroger sur l’architecture et sa représentation bidimensionnelle. Basés sur un jeu d’optique, les intérieurs d’église furent rapidement présents dans les cabinets d’amateur et rencontrèrent un franc succès.
L’intérieur d’église présentée ici est une composition tout fait caractéristique de cette mode pour les représentations architecturales. Le peintre nous fait visiter l’intérieur d’une construction gothique. Celle-ci, à l’image d’un carré mathématique se subdivise en de nombreuses parties : sa largeur se divise ainsi en trois nefs entrecoupées de deux imposants pilastres. L’église se subdivise également en profondeur par la succession du narthex, de la nef centrale, du transept et de l’abside. Afin de nous offrir la vue la plus complète possible, Pieter Neefs place sa composition en hauteur, légèrement sur la gauche. Maîtrisant parfaitement les règles du genre, le peintre rend visible chaque élément architectural au regard du spectateur. La large nef centrale mène au jubé, qui sépare le chœur de la partie réservée aux fidèles. Autour des bas-côtés, moines et citadins se recueillent dans des chapelles. Si la vue est large, elle n’en est pas moins haute : l’enchevêtrement des voûtes, ainsi que l’élévation des colonnes sont rendus grâce à un jeu rigoureux de contrastes et de couleurs savamment pensés. De petits personnages, dispersés dans les différentes parties de l’église, ponctuent et rythment les éléments d’architecture, donnant à l’ensemble de la composition vie et gaieté. Toutes les classes de la société trouvent ici leur place : gentils hommes, vagabonds, prêtres et paysans se retrouvent en un lieu prônant l’universalité. Très décoratif, le pavement de l’édifice confère au panneau un effet marqueté, en parfaite harmonie avec le goût des intérieurs anversois de l’époque.
Plusieurs intérieurs d’églises peints par l’artiste figurent aujourd’hui dans les collections de prestigieux musées. De nombreux éléments de notre composition coïncident avec la représentation de la cathédrale d’Anvers conservée aux Musées royaux de Bruxelles. Ici, Pieter Neefs semble nous inviter dans une église imaginaire, bâtie à partir d’études réalisées dans différents bâtiments et dont il s’inspire afin de composer un espace cohérent, idéalisé. Pieter Neefs montre sa parfaite maîtrise de l’espace construit qui, même après quatre siècles, continuent de nous subjuguer par son effet de grandeur et par la poésie subtile qui s’en dégage.
1578 - Anvers - après 1656
Peintre flamand d’architectures, il fut très probablement l’élève de Herman van Steenwijck. Il entra dès 1609 dans la Gilde d’Anvers et épousa en 1612 Maria Lauterbeens. Il forma par la suite ses propres fils, Pieter II et Lauwery de Cates. De par son talent, il fut appelé à collaborer avec de nombreux peintres tels que Sebastien Vranckx, Frans Francken II ou David Teniers.
L’intérieur d’église, en dehors de son intérêt plastique, était considéré comme le support privilégié du jeu infini de raies de lumière qui se propageaient ou se répercutaient selon les données d’une architecture complexe et rigoureusement logique. Pieter Neefs donne cette notion d’éloignement par un contraste nuancé entre les premiers plans, traités en bruns, et les arrières plans, en des teintes délicates et bleutées. L’église est garnie de nombreux autels aux magnifiques retables disposés contre les piliers et dans les nefs latérales. Sa virtuosité prouve que le peintre connaissait parfaitement les effets d’atmosphère où la sveltesse des colonnes, la qualité des jeux d’ombre et de lumière, suscitent de façon frappante toute l’ambiance d’une cathédrale gothique.