Provenance :
Galerie de Jonckheere (1989) ;
Collection privée
Inspirés par les Chasseurs dans la neige ou encore par la Trappe aux oiseaux de Pieter Brueghel, de nombreux peintres...
lire la suiteProvenance :
Galerie de Jonckheere (1989) ;
Collection privée
Inspirés par les Chasseurs dans la neige ou encore par la Trappe aux oiseaux de Pieter Brueghel, de nombreux peintres anversois de la fin du XVIe et du XVIIe siècle s’essayent au paysage de neige. Connaissant le goût d’Abel Grimmer pour la représentation des saisons et le cycle des mois, il n’y a rien d’étonnant à ce que ce peintre en soit devenu un des plus grands spécialistes.
Sa stylisation des formes et l’introduction de couleurs puissantes donnent à ses hivers une ambiance toute particulière, fondamentalement personnelle, gorgée de poésie et pleine d’humanité. Dans la composition qui nous occupe, Abel Grimmer peint une double narration en développant sur la partie gauche le songe de Joseph, dans lequel l’ange du Seigneur lui apparait pour le prévenir de fuir en Egypte. La partie droite nous présente la fuite de la Sainte Famille où Marie, portée par un âne et tenant l’Enfant Jésus dans ses bras, chemine avec Joseph loin du village. Ces scènes sont confinées aux deux extrémités du panneau, laissant un champ ouvert sur un magnifique panorama. Ces épisodes bibliques tiré du nouveau testament se voient tout naturellement transposés dans un paysage de neige baigné de couleurs blanche et grise, et ponctué de ci de là par quelques vifs accents chromatiques rouge, vert et jaune, à l’image de la cape de Joseph. La légèreté du trait et la simplification du dessin se distinguent particulièrement par la succession d’aplats au premier plan, qui laisse glisser délicatement l’œil vers l’ouverture du ciel. Le paysage se compose d’un très vaste lac gelé (à moins que ce ne soit un fleuve) sur lequel des riverains s’adonnent au patinage. Montagnes, collines, villes et forteresses complètent cet ensemble particulièrement harmonieux
Suivant la tradition, le Songe de Joseph serait une représentation allégorique du mois de janvier. Notre version s’approche tant par sa composition que par la finesse des coloris de celle du musée de Philadelphie et du musée de ‘S Hertogenbosch . Une composition identique datée de 1592 figurait également dans le cycle des mois de l’église Notre Dame de Montfaucon, aujourd’hui disparue.
Magnifiquement transposée dans un univers proche des Flandres de la Renaissance, la scène biblique se fond dans un paysage fourmillant de détails et d’anecdotes chaleureuses. Notre version figure sans aucun doute parmi les plus abouties : la clarté du ciel et la grande beauté du paysage, sans oublier le raffinement des personnages en font une pièce de choix dans le corpus du peintre. Ce ravissant Paysage d’hiver avec la Fuite en Egypte et le Songe de Joseph s’ajoute au corpus relativement restreint des œuvres signées et datées du peintre. Résolument moderne par l’utilisation si caractéristique de ses grands aplats de couleurs, ce tableau réjouira les amateurs les plus exigeants d’un genre qui symbolise à lui seul toute la richesse de la peinture flamande : le paysage de neige.
1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde...
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Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592.
Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l’insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d’une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l’Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l’esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d’architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l’on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d’églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d’Anvers et ses tours de Babel.
Il fait preuve d’une très grande habileté de dessinateur, d’un sens de l’observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l’exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons.
On a pu dire de lui, quand on ne connaissait guère encore l’étendue de son œuvre, qu’il “simplifiait la nature avec une charmante et poétique naïveté, accompagnée d’une grande maîtrise d’exécution”. En fait, sa conception picturale allie un certain réalisme du paysage, en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures.