En prêt au Musée International de la Réforme - Genève
Monogrammé du serpent et daté de 1530
Provenance :
Collection Nebel, Francfort,
Collection Mulert, Berlin
Collection Privée
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En prêt au Musée International de la Réforme - Genève
Monogrammé du serpent et daté de 1530
Provenance :
Collection Nebel, Francfort,
Collection Mulert, Berlin
Collection Privée
Les effigies de Luther peintes par Lucas Cranach l’Ancien, qui fut son portraitiste attitré ainsi que son ami proche, sont devenues à travers le temps des représentations emblématiques de la Réforme. Au regard de l’histoire Martin Luther (1483-1546) peut être considéré comme l’une des figures majeures du XVIe siècle. Les conséquences de ses actes et de ses prises de positions vont changer le destin de l’Europe ainsi que la place de l’Eglise dans la société. Moine augustin et docteur en théologie à l’université de Wittenberg, il s’éleva contre la pratique des indulgences de l’église catholique en promulguant en 1517 ses célèbres « 95 thèses ». Désireux de purifier l’Eglise catholique de ses errements, Martin Luther se retrouvera en opposition directe avec le Pape et l’Empereur et finira par être excommunié en 1521. Mis au ban de l’Empire des Habsbourg, Luther parvint toutefois à obtenir la protection du Prince Electeur de Saxe et pu continuer à publier ses écrits. C’est à la cour de ce grand prince que le réformateur fit la connaissance de Cranach et devint son ami.
Ce portrait du théologien dégage une indéniable présence. L’économie des tons et la simplicité de la composition permettent à Cranach de créer ici une image d’une grande pureté, faite de sobriété. L’homme est représenté à mis corps devant un fond bleu givré, vêtu d’une robe et d’un chapeau doctoral noir. Le peintre dépeint les traits du visage de Luther avec finesse et précision, faisant contraster son visage pâle et son habit sombre. Le personnage est présenté pour ce qu’il est : le grand réformateur de l’Eglise. Calme et serein malgré la tempête qui s’empare de l’Europe, son regard pensif interpelle le spectateur. Cette quiétude qui émerge du portrait semble s’associer parfaitement à l’inscription en Latin de l’Ancien Testament figurant au dessus de la tête du personnage : « IN SILENCIO ET SPE ERIT FORTITVDO VESTRA », « votre force sera dans l’espoir et dans le silence ».
Notre tableau, signé d’un serpent ailé, porte la date « 1530 ». Peintre de la Cour de Saxe, Cranach participa activement avec son atelier à la création d’une iconographie pour le Protestantisme par le biais de la peinture, mais aussi de la gravure. Les nombreux portraits de Luther qui furent réalisés à l’époque par l’artiste étaient souvent destinés aux Princes et aux villes qui adhéraient à la Réforme. Des tableaux comme celui-ci devaient servir à humaniser cette nouvelle religion, à donner un visage fédérateur au mouvement alors que les guerres de religions débutaient un peu partout en Europe. Portraitiste du grand théologien, Cranach peignit Martin Luther tout au long de sa vie. Citons à juste titre le portrait du Deutsches Museum de Berlin ou encore celui de la galerie des Offices à Florence qui représentent Luther de la même façon.
Portraitiste des plus grandes figures de son siècle, Cranach l’Ancien fait ici une nouvelle fois preuve de tout son talent. Initiateur d’un style qui influencera de nombreux artistes, Lucas Cranach hisse par ce tableau Luther au rang de véritable icône de la Réforme.
1472 Kronach - Weimar 1553
Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein...
lire la suite1472 Kronach - Weimar 1553
Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein le Jeune et Albrecht Dürer comme l’un des principaux représentants de la Renaissance allemande.
A la fois peintre et graveur, ami de Martin Luther et de nombreux humanistes, il traite avec succès des scènes religieuses et mythologiques, des portraits et des nus féminins qu’il identifie souvent à Lucrèce ou à Vénus. Jusqu’en 1498, il étudie avec son père, Hans, qui influença le début de sa carrière. Il voyage ensuite à Vienne, où il semble s’établir en 1500.
Les premières œuvres connues de l’artiste datent de cette période ; ce sont des scènes religieuses où les couleurs éclatantes et expressives sont une preuve de son pouvoir créatif. En 1505, il devient peintre de la cour des électeurs de Saxe. Il décore leurs châteaux, peint leurs portraits et ceux de leurs épouses, exécute des retables et réalise également des sujets profanes. En 1508, l’Electeur Frédéric de Saxe accorde à Cranach son blason au serpent ailé, qui devient la signature de l’artiste. Ses fils Hans et Lucas le Jeune font partie de ses assistants. Imitant fidèlement son style, ils jouèrent un rôle important dans les œuvres produites par son atelier.
Excepté une visite aux Pays-Bas en 1508, le maître réside de façon presque ininterrompue à Wittenberg. Citoyen important, il siège à l’assemblée de la ville en 1519 et exerce la charge de bourgmestre en 1537 et 1540. Malgré les nombreuses influences qui marquent son époque, son œuvre reste fidèle aux traditions gothiques.