Provenance : collection privée.
Ce portrait fut très probablement peint à Wittenbergh, entre 1525 et 1530, à la cour du prince de Saxe Jean le Constant. Il reprend l’ensemble des canons...
lire la suiteProvenance : collection privée.
Ce portrait fut très probablement peint à Wittenbergh, entre 1525 et 1530, à la cour du prince de Saxe Jean le Constant. Il reprend l’ensemble des canons propres au style si particulier de ce grand artiste qui marqua de son sceau l’histoire de la peinture allemande.
La puissance expressive du trait se voit mis au service d’une esthétique presque lascive dans laquelle rien ne se dit mais tout se suggère. Le pouvoir de séduction de l'artiste réside dans l'utilisation du pouvoir suggestif de la ligne sinueuse et du contraste des couleurs disposées en larges surfaces. Les accords chromatiques entre l’habit, aux tons verts et or, et la carnation de porcelaine, donne à cette jeune femme l’allure d’une dame de haut rang.
La "beauté" est au cœur de la recherche artistique de Cranach à cette époque. Proche des thèses de Luther, le peintre ne se détourne pas de la beauté du monde. Il cherche au contraire à unir le sensuel au spirituel. L’artiste tente de styliser cette idée de "beauté" en réalisant une image de la femme parfaite. Il y juxtapose des sentiments qui, dans un premier temps, pourraient sembler inconciliables. Une fois peints côte à côte, ceux-ci s’avèrent pourtant donner une touche de magie à la composition. Cranach arrive ainsi à combiner la timidité d’un front baissé, le tact d’une main pliée avec la langueur d’un regard en amande ou le sourire presque ironique d’une bouche aux lèvres pulpeuses.
Le visage, clairement dessiné, est sublimé par une lumière uniforme qui se détache d’un fond sombre et opaque. La chaire prend un relief particulier par la présence d’un collier aux fines mailles d’or ; prétexte pour souligner délicieusement une poitrine et faire bailler un corsage. De fins glacis et une parfaite maîtrise de la couleur permettent au peintre de jouer avec les matières. Le goût très poussé de l’artiste pour une certaine virtuosité le pousse à donner libre cours aux flots soyeux des mèches de cheveux, au foisonnement des étoffes rehaussées de perles ou encore au travail si fin des bijoux.
La toilette n’est pas sans rappeler celle que porte le modèle blond du portrait de l’Ermitage de 15261 et ses traits font clairement référence au portrait de Judith exposée à Vienne2.
Notons aussi l’emploie dans notre composition d’un élément rare et particulièrement remarquable. Le chapeau de velours bordeaux elliptique orné de boules de plumes qui couvre sa tête est assez comparable à celui que Venus tient pour seul vêtement dans l’œuvre de la National Gallery de Londres3. Par sa forme si singulière et par une ornementation originale, ce couvre-chef donne à notre portrait tout son caractère et parachève la beauté de la composition.
Peint pour la cour, ce type de compositions peut-il encore être considéré comme un véritable portrait ? Connaissant le cheminement de Cranach et son désir d’atteindre la beauté idéale, nous sommes enclin à voir ici une représentation de la féminité idéalisée par l’un des plus grands maîtres de l’histoire de l’art.
1472 Kronach - Weimar 1553
Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein...
lire la suite1472 Kronach - Weimar 1553
Lucas Cranach est un des piliers de la création artistique dans le nord-est de l’Allemagne durant la première moitié du XVIe siècle. Il est considéré, avec Hans Holbein le Jeune et Albrecht Dürer comme l’un des principaux représentants de la Renaissance allemande.
A la fois peintre et graveur, ami de Martin Luther et de nombreux humanistes, il traite avec succès des scènes religieuses et mythologiques, des portraits et des nus féminins qu’il identifie souvent à Lucrèce ou à Vénus. Jusqu’en 1498, il étudie avec son père, Hans, qui influença le début de sa carrière. Il voyage ensuite à Vienne, où il semble s’établir en 1500.
Les premières œuvres connues de l’artiste datent de cette période ; ce sont des scènes religieuses où les couleurs éclatantes et expressives sont une preuve de son pouvoir créatif. En 1505, il devient peintre de la cour des électeurs de Saxe. Il décore leurs châteaux, peint leurs portraits et ceux de leurs épouses, exécute des retables et réalise également des sujets profanes. En 1508, l’Electeur Frédéric de Saxe accorde à Cranach son blason au serpent ailé, qui devient la signature de l’artiste. Ses fils Hans et Lucas le Jeune font partie de ses assistants. Imitant fidèlement son style, ils jouèrent un rôle important dans les œuvres produites par son atelier.
Excepté une visite aux Pays-Bas en 1508, le maître réside de façon presque ininterrompue à Wittenberg. Citoyen important, il siège à l’assemblée de la ville en 1519 et exerce la charge de bourgmestre en 1537 et 1540. Malgré les nombreuses influences qui marquent son époque, son œuvre reste fidèle aux traditions gothiques.