
Panneau - 16,5 x 13,7 cmTableaux XVe/XVIe, Portraits
Provenance :
Georges de Monbrison, Château de Saint-Roche, Le Pinm Tarn-et-Garonne, c.1904 ;
Eugène Kraemer, Paris, avant 1913 ;
Leopold Hirsch, Londres ;
Jacques Seligmann, New York ;
Mme...
lire la suiteProvenance :
Georges de Monbrison, Château de Saint-Roche, Le Pinm Tarn-et-Garonne, c.1904 ;
Eugène Kraemer, Paris, avant 1913 ;
Leopold Hirsch, Londres ;
Jacques Seligmann, New York ;
Mme Arthur Lehman, New York, 1920 et par héritage ;
Vente anonyme, Christie’s New York, 23 mai 1997, lot 80 ;
Acquis par Jean Deleage chez Richard Green, Londres.
Ce portrait en buste met en scène un homme vêtu d’une veste de velours et porte un béret noir agrémenté d’une plume blanche, dont on connaît quatre autres versions. Or pour chacune d’entre elles, le modèle identifié est différent. Ceci s’explique par les envois fréquents des tableaux de Corneille de Lyon outre Manche, sans pour autant que l’identité des modèles ne soient confiés de manière précise à leurs destinataires. Mais les récentes recherches et les indices dont ces portraits regorgent nous permettent de nous prononcer sur l’homme portraituré par le maître. Il s’agit donc du Duc d’Etampes, à la fois sur la très belle version de la Wallace Collection de Londres, comme dans la version du Louvre.
Sans l’ombre d’un doute, notre personnage est membre de l’ordre de Saint Michel, un ordre de chevalerie fondé en 1469 par Louis XI, dont les membres se revendiquaient « Chevalier de l’ordre du roi ». Les membres devaient en toute occasion porter un collier d’or fait de coquilles lassées les unes avec les autres, d’un double las, auquel était suspendu un médaillon représentant l’archange terrassant le dragon. Exposé au Louvre lors de l’exposition sur les Primitifs français, les identifications concernant le personnage peint sont nombreuses. Tout d’abord l’hypothèse que cet homme soit le Comte de Hertford fut mise en avant. Cependant, le port du médaillon soulignant l’appartenance du personnage à l’ordre de Saint Michel n’est pas en accord avec le parcours du Comte de Hertford. Il semble plus probable que cet homme soit en réalité Jean IV de Brosse dit aussi Jean de Bretagne, Duc d’Etampes, qui au moment de la réalisation du portrait par Corneille de Lyon, c’est à dire entre 1536 et 1540, avait reçu l’ordre du roi. En effet, le Duc D’Etampes était l’époux de Anne de Pisseleu, favorite de François Ier. Cette dernière avait dix-huit ans lorsque le Roi de France la connut. Jusqu’à sa mort survenue en 1547, elle resta sa favorite. Afin d’asseoir la position d’Anne de Pisseleu à la cour, on lui fit épouser un grand seigneur ruiné en la personne de Jean IV de Brosse. Nous pourrions émettre l’hypothèse que sa situation de mari complaisant lui valu l’ordre du Roi.
Et d’ailleurs, une certaine sérénité semble émaner de cet homme représenté, comme à l’accoutumée, sur un délicat fond vert faisant ressortir les roses de sa carnation. Notre homme, fixe le spectateur comme il était coutume dans les portraits du seizième siècle. Le peintre confère au personnage un air de retenu et de dignité, son élégance est soulignée par les attributs évoqués précédemment tel que son béret ou bien encore le collier de l’ordre de Saint Michel. Nous ne pouvons rester de marbre face à la beauté esthétique et technique de ce portrait. Corneille de Lyon par ses grandes qualités de plasticien réussit à donner au modèle une grâce et une noblesse certaine. De plus, son sens de l’observation est tel, qu’il s’applique à réaliser chaque détail et subtilité du visage de son personnage. Ce portrait ne pourra que séduire les connaisseurs de cet art, qui y verront une œuvre inédite remplissant voire surpassant tous les canons esthétiques de la Renaissance française. Finalement, le Duc d’Etampes mort sans postérité ne retrouverait-il pas une seconde vie dans ce portrait de Corneille de Lyon ?
Littérature : G. Brière, Catalogue des Peintures, Louvre, I, Ecole Française, Paris, 1924, p. 280, comme réplique de la version du Louvre.
L. Dimier, Histoire de la Peinture de Portrait en France au XVIe Siècle, Paris et Bruxelles, 1925, II, p. 76, no. 299, comme copie d’après l’original de la Wallace Collection qu’il attribute au Maître anonyme de Rieux de Châteauneuf.
Wallace Collection catalogues, Pictures and Drawings, London, 1928, p. 62, comme une version de la Wallace Collection.
C. Sterling et H. Adhémar, La Peinture au Musée du Louvre; Ecole Française, XIVe, XVe et XVIe Siècles, Paris, 1965, p. 30, sous le n° 35 comme une réplique.
C. Virch, The Adele and Arthur Lehman Collection, New York, 1965, p. 41-42, reproduit.
A. Dubois de Groër, Corneille de La Haye dit Corneille de Lyon (1500/1510 - 1550), Paris, 1996, p. 155, mentionné comme réplique autographe du n°46.
Expositions : Paris, Musée du Louvre, Les primitifs Français, 1904, n° 161, date autour de 1548.
Plus d'infos
Vers 1500 La Haye - Lyon 1575
Corneille de Lyon ou de la Haye, d’après son origine hollandaise, serait venu travailler à Paris avant de se fixer à Lyon où sa présence est attestée dès 1533 en...
lire la suiteVers 1500 La Haye - Lyon 1575
Corneille de Lyon ou de la Haye, d’après son origine hollandaise, serait venu travailler à Paris avant de se fixer à Lyon où sa présence est attestée dès 1533 en tant que portraitiste attaché à la cour de la Reine Eléonore puis du Dauphin Henri II. Naturalisé en 1547, il est mentionné comme peintre et valet de chambre du roi Henri II en 1551 puis de Charles IX. Cette même année, Giovanni Capelli, ambassadeur de la République de Venise, lui rendit visite. Il rapporte l’impression qu’il eut de rencontrer “un peintre excellent qui, en outre des belles peintures qu’il nous exhiba, nous fit voir toute la cour de France, tant gentilshommes que demoiselles, représentés sur beaucoup de petits panneaux avec tout le naturel imaginable”. Brantôme relate que Corneille reçu, en Juin 1564, la visite de Catherine de Médicis en personne. En exposant chez lui, en permanence, les effigies des puissants du jour, il répond à la vogue dont il était l’objet de son vivant par une production importante. En 1569, devant les persécutions croissantes contre les Huguenots, il se convertit avec sa femme, sa fille et ses serviteurs. Il est enterré au couvent des jacobins de Lyon en 1575.
On lui connaît toute une série de petits portraits en demi-buste, représentant la cour élégante des Valois, d’une facture précise et lisse, dépouillée de matière et travaillée aux glacis. Son style personnel met l’accent sur des visages fins, vus de trois-quarts ou de face, modelés sans ombre. L’importance conférée à la tête est telle qu’elle inflige parfois une discrète disproportion avec le torse. Ses effigies ses caractérisent par la grâce et l’élégance, la politesse aristocratique en même temps qu’un réalisme bienveillant et qu’un sens aigu de l’observation dans les costumes, broderies, coiffes ou bijoux détaillés “à la flamande”. La pose est encore rigoureuse et statique, les moyens austères, les expressions solennelles et fermes mais, déjà, tout le caractère individuel est résumé par la précision et la finesse du trait, la juste indication du regard dans un souci constant de véracité. Les fonds sombres ou neutres animent la pâleur des visages d’un reflet subtil qu’accentue une gamme chromatique plutôt froide.
Il aurait ainsi, à la suite des Clouet venus de Bruxelles, acclimaté la facture et le tempérament flamands en France en adoptant la formule du portrait de visage en soi, du portrait psychologique, si caractéristique du temps, qui respecte les données du réel. En exultant les qualités natives associées à la tradition de la miniature parisienne, Corneille de Lyon créa et définit un genre franco-flamand unique qui put répondre à une demande sans cesse croissante et passionnée des collectionneurs de la cour qui firent sa renommée.