Provenance :
• galerie Robert Finck, juin 1959 ;
• collection privée.
Les Proverbes de Pierre Brueghel l’Ancien, l’un des tableaux les plus connus du XVIe siècle, occupent une place...
lire la suiteProvenance :
• galerie Robert Finck, juin 1959 ;
• collection privée.
Les Proverbes de Pierre Brueghel l’Ancien, l’un des tableaux les plus connus du XVIe siècle, occupent une place d’honneur au Staatliche Museen à Berlin. Ce grand tableau sur bois, décrit par d’innombrables auteurs, nous permet de servir d’introduction au sujet qui nous occupe et nous nous permettons donc de reprendre ici un extrait de W. Schulz qui, dans le Katalog der ausgestellten Gemälde du musée de Berlin, résume de manière très claire l’ensemble de la problématique des Proverbes : "Un village près d’une rivière forme le décor d’une scène peuplée de nombreux personnages. Des hommes, des animaux et des objets illustrent une centaine de proverbes et de dictons. D’après leur signification, les proverbes se répartissent en deux groupes. Un premier groupe illustre l’ineptie de certains comportements humains. Il est symbolisé par le monde, un globe terrestre renversé. Le second groupe évoque la tromperie et l’hypocrisie et est symbolisé par une femme qui enveloppe son mari d’un manteau bleu (ce qui signifie qu’elle le trompe). Les anciens titres du tableau, comme le Monde renversé, confirment que ce n’est pas la sagesse humaine contenue dans les proverbes qui constitue le sujet du tableau, mais bien l’hérésie du comportement humain dans un monde égaré qui s’est éloigné de Dieu. Les proverbes étaient un sujet très prisé dans la littérature et l’art des XVe et XVIe siècles. Une gravure de Frans Hogenberg datée de 1558 peut avoir inspiré Brueghel dans la réalisation de cette scène".
La toile d’Abel Grimmer, inspirée et non transposée du tableau brueghelien que nous venons d’évoquer, propose une composition personnelle tout à fait différente. Le peintre, avec un plaisir certain, a étoffé son sujet de nouveaux proverbes et pris le parti d’en grouper d’autres différemment, en espérant sans doute dépasser son modèle. La facture est raffinée à l’extrême et les couleurs légères et claires forment, malgré leurs tons francs, des harmonies très fines. Cette œuvre est à la fois d’une très grande qualité picturale et d’une simplicité pleine de charme.
L’explication des proverbes et dictons a fait l’objet d’une abondante littérature. Nous reprenons ici littéralement l’identification de certains d’entre eux, tels qu’ils furent énumérés dans le catalogue de l’exposition Brueghel. Une dynastie de peintres, à Bruxelles en 1980. Au premier plan, de gauche à droite : "se cogner la tête contre le mur", "il est assis (ou tombé) dans la cendre entre deux chaises", "elle endosse la huque (le manteau) bleue à son mari", "il tombe (ou saute) du bœuf sur l’âne", "il conchie le monde entier", "le soldat attachant le grelot au chat", "décocher une flèche après l’autre. Il ne faut pas tirer toutes ses flèches". Au plan médian, toujours de gauche à droite : "le riche semant des roses", "il met le feu à sa maison pour se chauffer au brasier. Quand la maison brûle, on se chauffe au brasier. Peu lui importe de qui la maison brûle, pourvu qu’il puisse se chauffer au brasier", "il est trop tard pour combler le puits quand le veau est noyé", "il faut se courber si l’on veut traverser le monde".
1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde...
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Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592.
Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l’insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d’une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l’Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l’esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d’architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l’on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d’églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d’Anvers et ses tours de Babel.
Il fait preuve d’une très grande habileté de dessinateur, d’un sens de l’observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l’exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons.
On a pu dire de lui, quand on ne connaissait guère encore l’étendue de son œuvre, qu’il “simplifiait la nature avec une charmante et poétique naïveté, accompagnée d’une grande maîtrise d’exécution”. En fait, sa conception picturale allie un certain réalisme du paysage, en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures.