Monogrammé par van Noort. Réalisé avec Lambert van Noort
Provenance : collection privée, France.
Vendu au musée provincial des arts anciens du Namurois.
Père de l’Église, traducteur de...
lire la suiteMonogrammé par van Noort. Réalisé avec Lambert van Noort
Provenance : collection privée, France.
Vendu au musée provincial des arts anciens du Namurois.
Père de l’Église, traducteur de la Vulgate, Jérôme fut l’objet d’un véritable engouement iconographique à la Renaissance, en cette période de troubles religieux où la proximité directe du Saint aux Ecritures pouvait, dans un camp comme dans l’autre, servir indirectement d’alibi ou d’argument politique.
Alors que la représentation de Jérôme dans son étude était l’occasion de souligner et de célébrer le côté humaniste et éclairé du Saint, il y eut de façon concomitante un véritable essor des compositions le représentant pénitent dans un désert de fantaisie. Qu’elles soient le fait d’un Patinir, d’un met de Bles ou d’un Maître des Demi-Figures, ces panneaux jouèrent un rôle véritablement crucial à ce stade précoce du développement en Flandre du paysage en tant que genre pictural autonome.
Dans le cas présent, loin de se fondre dans un paysage dont il ne serait que le prétexte, la figure du Saint domine avec puissance l’avant-plan du tableau. De stature carrément athlétique, il est agenouillé, dans une position quelque peu contorsionnée exprimant sans ambiguïté ses tourments de pénitent devant un crucifix, et s’apprête de façon imminente à battre sa coulpe sur sa poitrine dénudée.
Peu de doutes sont laissés au spectateur quant à l’issue régénératrice de la Pénitence et au fait que la vigueur physique impressionnante du personnage ne soit le reflet direct de sa vigueur et de sa rectitude morales.
L’ensemble de la composition, qu’il s’agisse du chêne orné d’une vigne vierge christique ou encore de la figure du Christ sculpté ornant le crucifix, dégage d’ailleurs une impression analogue de force et de puissance.
Plus spécifiquement, l’inclinaison du Crucifix, jointe au fait que les carnations du corps du Christ sont rendues de façon tout à fait naturalistes, suggère que la vigueur de la pénitence du Saint l’a déjà entraîné dans l’espace mental d’une vision mystique.
Aux pieds de Jérôme se distinguent nettement ses attributs : le chapeau cardinalice, ainsi que le lion du pied duquel il retira une épine et qui lui demeura, suivant la légende, attaché. En l’occurrence, cet animal concourt à renforcer encore l’idée de puissance exprimée par la musculature du saint et la vigueur des autres éléments de la composition.
Derrière le groupe pyramidal de l’avant-plan se déploie, suivant la conception quelque peu atypique que les artistes européens de l’époque se faisaient des déserts orientaux, un paysage éminemment verdoyant. Dans le mélange de douces déclivités et de pics rocheux plus tourmentés, la perspective tonale particulièrement bien intégrée ainsi que dans l’échelonnement très progressif des éléments, on reconnaît la main de met de Bles, lui-même auteur de plusieurs paysages illustrant la légende de Saint Jérôme. L’un des comparatifs les plus probants de cette collaboration entre les deux artistes est fournie par une Sainte Famille avec Saint Jean Baptiste conservée à l’Öffentliche Kunstsammlung de Bâle (panneau, 60 x 53 cm, inv. N° 76). Ce panneau, dans les collections de la ville depuis 1662, provient de la célèbre collection Amerbach, dans un inventaire de laquelle elle figure en 1586 comme l’œuvre de "Heinrich Blesii Bovinati" (il aurait été, selon la tradition, donné à l’humaniste Boniface Amerbach par Erasme lui-même), ce qui en fait d’ailleurs le tableau de Bles le plus anciennement documenté.
On y retrouve le même genre de conception paysagère se développant à partir et du robuste chêne de l’avant-plan autour duquel se concentrent les figures du groupe sacré. Celles-ci, à la fois puissamment charpentées et aux agencements gestuels pour le moins maniéristes et quelque peu alambiqués, présentent une similitude frappante avec notre Saint Jérôme, tout en exprimant une réminiscence de l’art de Raphaël et de ses suiveurs, une influence à laquelle van Noort était, on le sait, particulièrement sensible.
Vers 1510 Bouvignes - Ferrare vers 1560
Après un long séjour en Italie, il s’établit en 1521 à Malines puis à Amsterdam où il aurait eu pour élève Frans Mostaert. Très attiré par l’Italie, il effectua un second voyage et décéda à Ferrare vers 1560 alors qu’il se trouvait au service des ducs d’Este.
Peintre de paysages panoramiques animés et de scènes religieuses, mythologiques ou populaires, Herri Met de Bles s’inscrit dans la tradition picturale de Joachim Patinier dont il est le neveu.
Les sites à la fois réalistes et imaginaires en sont le prolongement, notamment en ce qui concerne les montagnes rocheuses aux configurations fantastiques mais son talent s’affirme par une structure moins rigide et une atmosphère plus vaporeuse.
Le maître s’inspire également des principes de Léonard de Vinci qui conseillait de laisser disparaître, dans une brume légère, les objets éloignés pour mettre en valeur les effets de l’air et rehausser la perspective.
Lors de ses séjours en Italie, il fut connu sous le nom de “Civetta”, en raison de la chouette qu’il avait coutume d’introduire dans nombre de ses tableaux.