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Ouvert :
• panneau central : descente de croix ;
• panneau latéral gauche : sibylle tiburtine communiquant sa vision à l’Empereur Auguste ;
• panneau latéral droit : vision des trois...
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Ouvert :
• panneau central : descente de croix ;
• panneau latéral gauche : sibylle tiburtine communiquant sa vision à l’Empereur Auguste ;
• panneau latéral droit : vision des trois Rois Mages.
Fermé :
• panneau gauche : découverte de la vraie croix par Hélène ;
• Panneau droit : l’empereur byzantin Héraclius Ier ramène la vraie croix à Jérusalem après son vol par les perses.
Huile et tempera sur panneau
Panneau central : 62 x 51,5 cm
Panneaux latéraux : 53,5 x 28 cm
Provenance :
• collection Carlo Ludovico di Borbone, Roi d’Etrurie, Duc de Lucca et Duc de Parme, n°68 (un cachet au dos de l’œuvre prouve sa provenance) ;
• collection Roy Miles, 1976 ;
• collection privée espagnole, 1977.
Ce remarquable triptyque nous permet d’admirer une oeuvre digne d’un très grand peintre du XVe siècle. Alliant rigueur et précision, cet assemblage de panneaux compose une œuvre de qualité exceptionnelle. Basant son iconographie sur des sujets divergents, et donc sur des compositions différentes, ce triptyque témoigne de la richesse culturelle des Flandres à cette époque et du fabuleux degré de maîtrise qu’avaient atteint les artistes.
Le panneau central de ce triptyque, la Descente de croix, tire son origine de l’œuvre du même nom de Rogier van der Weyden conservé au Prado (Madrid), bien que seul le personnage de Joseph d’Arimathie soit précisément repris. Les deux personnages qui ferment la composition du côté droit se retrouvent dans la Descente de croix de Vrancke van der Stockt conservée à l’Ancienne Pinacothèque de Munich mais aussi dans un dessin de Nuremberg également de la main de notre artiste. D’une touche belle et fine et avec l’aide d’une palette chromatique raffinée, Vrancke van der Stockt réalise une Descente de croix absolument somptueuse en y adjoignant une myriade de petits détails. A ce titre, cette fabuleuse Descente de croix est déjà à elle seule un véritable chef d’œuvre.
Les volets de ce triptyque, à gauche Auguste et la Sibylle de Tibur, à droite, la vision des trois Rois Mages, reprennent, à l’instar de la Descente de croix de van der Stockt, des compositions de Rogier van der Weyden tirées du retable Bladelin (Staatliche Museum, Berlin). Nos deux panneaux laissent pour autant apparaître une personnalité autonome qui trouve son originalité dans certaines formules iconographiques et stylistiques. On retrouve par exemple une disposition différente des trois Rois Mages. Alors que Rogier les superpose, Vrancke utilisent l’étagement des masses pour un meilleur effet de volume. Dans la vision d’Auguste, c’est un chien blanc, repris dans le retable de l’Epiphanie à la colombe de Rogier van der Weyden (vers 1460, Ancienne Pinacothèque, Munich) qui apporte ici une touche supplémentaire d’animation et d’humanité. Le panneau latéral gauche illustre une légende liée au christianisme et fort populaire au Moyen Age. L’artiste nous dépeint le moment où, après avoir interrogé la Sibylle de Tibur pour savoir s’il existera sur terre un homme plus grand que lui, l’Empereur Auguste a la vision d’une Vierge apparaissant dans une grande splendeur tenant dans ses bras un enfant et une voix venant du ciel lui disant : "Voici la Vierge qui va concevoir le sauveur du monde", puis, "celle-ci est la chère fille de Dieu".
Merveille de style et d’exécution, l’envers de ces deux volets ravira tout autant l’œil du spectateur. Les panneaux du revers illustrent des scènes tirées de la légende de la vraie croix ; à gauche, la Découverte de la vraie croix par Hélène, et, à droite, l’Entrée de la vraie croix à Jérusalem.
Alors qu’Hélène, mère de Constantin Ier, va à Jérusalem inspirée par Dieu, elle découvre trois croix ; celles du Christ et des deux larrons. Pour savoir laquelle est la vraie croix, elle fait venir un infirme, qui, une fois en contact avec la vraie croix retrouve l’usage de ses jambes. Ce volet particulièrement bien mis en scène nous montre plusieurs épisodes de la légende. Outre la découverte de la vraie croix, on assiste également au retour de cette dernière à Rome symbolisée par l’église de l’arrière plan : la Basilique Saint Pierre, motif également repris d’une œuvre de Rogier van der Weyden Le Songe du Pape Serge (J. Paul Getty Museum, Los Angeles).Le second revers évoque le retour de la vraie croix à Jérusalem par Héraclius, Empereur byzantin, en 630 après que celle-ci eut été volée par les Perses.
La légende de la vraie croix est un sujet très rarement représenté au XVème siècle, hormis sur les livres d’heures. A ce titre, ces deux volets acquièrent une importance toute particulière. Basés à partir d’une composition toute personnelle, ces deux panneaux montrent un Vrancke van der Stockt affichant plus d’indépendance et ce, pour un résultat de grande beauté. À l’instar des autres panneaux du triptyque, ces deux volets sont la résultante d’un travail rigoureux où minutie et acuité sont les maîtres mots.
D’une facture raffinée, et d’une extrême distinction, notre triptyque, à l’instar du Triptyque de la Rédemption (Prado, Madrid) mérite d’être considéré comme une pièce essentielle de l’œuvre de Vrancke van der Stockt. Tout en s’inspirant de l’œuvre de son maître et ami, Rogier van der Weyden, Vrancke van der Stockt fait ici preuve d’une indépendance et d’un talent à la hauteur de sa réputation, à savoir, l’un des grands peintres de son temps.
1420 - Bruxelles - 1495
Vrancke van der Stockt fît une longue carrière de peintre d’une évidente fécondité. Composée à la fois de dessins et de peintures, chose tout à fait rarissime pour le...
lire la suite1420 - Bruxelles - 1495
Vrancke van der Stockt fît une longue carrière de peintre d’une évidente fécondité. Composée à la fois de dessins et de peintures, chose tout à fait rarissime pour le XVe siècle, son œuvre témoigne d’un peintre au rôle important dans l’évolution picturale bruxelloise du XVe siècle à la suite de Rogier van der Weyden. Fils de Jan van der Stockt qui lui cède son atelier en 1444, l’artiste est sans doute déjà maître à cette époque. Il doit de ce fait avoir atteint sa majorité et obtenu le titre de « franc-maître ». Cette dernière indication nous permet de situer sa naissance vers 1420. Les peintures qui lui sont attribuées attestent de l’influence importante de Rogier van der Weyden mais également d’une formation probable dans l’atelier paternel. Vrancke van der Stockt épouse Catherine der Moeyen en 1489 dont il aura cinq enfants.
Du vivant de Van der Weyden, van der Stockt apparaît déjà extrêmement prospère : il acquiert des terres, des maisons et des rentes. Il exercera des fonctions importantes à plusieurs reprises. Il est d’abord magistrat de la ville de Bruxelles, puis proviseur de la ville de Saint Eloi. En 1476, il représente la gilde des peintres dans un différend entre les peintres et les tapissiers à propos de leurs compétences respectives. On suppose que Vrancke van der Stockt succéda à Rogier van der Weyden comme « Peintre de la ville » après la mort du maître en 1464.
On connaît cependant peu de choses sur ses activités artistiques. En 1460, il peint deux oriflammes pour le château ducal de Halle. A Bruxelles, les livres de compte de la Confrérie de Notre-Dame mentionnent, pour les années 1466-1467, que Vrancke fournit le patron d’un Arbre de Jéssé, en fer forgé, qui fut polychromé par son assistant. En 1468, Vrancke travaille à Bruges, avec trois assistants pour le mariage de Charles le Téméraire et de Marguerite d’York. De tous les peintres présents, Vrancke van der Stockt est, avec Jacques Daret, celui qui obtient le salaire le plus élevé.
Peintre de grand talent, Vrancke van der Storckt est à l’origine de la venue de nombreux artistes à Bruxelles au XVe siècle. Personnage important et homme fortuné, il est certainement l’un des peintres bruxellois les plus prestigieux de son siècle.