Provenance : collection privée.
Cette vue du Canal Grande s’inscrit dans la tradition de la veduta, genre pictural très prisé aux XVIIIe et XIXe siècles, tout particulièrement des arpenteurs...
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Cette vue du Canal Grande s’inscrit dans la tradition de la veduta, genre pictural très prisé aux XVIIIe et XIXe siècles, tout particulièrement des arpenteurs du Grand Tour - ce voyage pédagogique qu’accomplissaient en Italie les amateurs anglais les plus éclairés et dont ils aimaient rapporter, en mémoire des villes traversées, des souvenirs vivants de la réalité citadine, sous la forme de tableaux en décrivant les monuments et les fastes. Cette composition apparaît ainsi comme l’héritière directe de celles d’un Canaletto, d’un Bellotto, d’un Marieschi ou d’un Guardi, qui, bien avant Bison, avaient conféré à cette production ses lettres de noblesse. Elle puise en effet sa source iconographique dans la série de gravures exécutées par Antonio Vicentini d’après les œuvres de Canaletto et publiée en 1742.
Fidèle à ce prestigieux modèle, Bison combine ici l’extrême précision du rendu architectural (le spectateur reconnaît, à droite, la majestueuse façade baroque de l’église Santa Maria della Salute et se profilant derrière, l’extrémité de la presqu’île de la Dogana) à une sensibilité atmosphérique toute en poésie. Sur les eaux calmes du Grand Canal voguent quelques gondoles et des embarcations marchandes, tandis que de minuscules silhouettes, arpentant le parvis de l’église, viennent animer d’un peu de pittoresque cette évocation paisible de la Sérénissime. Bison s’attache avec minutie à reproduire à la surface de l’eau le reflet des palais.
Le ciel, parcouru de nuages poussés par le vent, projette sur la scène une lumière inégale, dont l’artiste joue avec brio : elle découpe franchement les contours de certaines demeures, suggérant ainsi la vie derrière leurs imposantes façades, tout en en laissant d’autres dans la pénombre. A y regarder de plus près, cependant, Bison se montre moins fidèle au répertoire vedutiste, codifié par ses prédécesseurs, qu’il n’y paraît : le choix d’un angle de vue inédit, tournant le dos à l’agitation du Grand Canal, et la parcimonie avec laquelle le peintre intègre des groupes de personnages à la scène – que les vêtements, robes à crinolines et redingotes, situent d’emblée dans les années 1830- le confirment. Le ciel, très ouvert, occupe en effet les trois quarts de la composition et c’est de l’admirable transcription de son caractère mobile et changeant qu’elle tire toute son originalité, admirablement servie en cela par l’utilisation de la gouache. Ses teintes pastels, douces et légères, alliées à une finesse d’exécution peu commune, témoignent de l’art consommé de Bison et de son étonnante sensibilité romantique.
1762 Palmanova - Milan 1844
Né à Palmanova du Frioul en 1762, Giuseppe Bernardino Bison occupe une place particulière parmi les peintres qui prolongent la tradition vedutiste à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Artiste éclectique et versatile, il a également laissé une œuvre importante de peintre décorateur, en suivant la trace prestigieuse de Tiepolo, Guardi, Ricci, Zaïs ou Diziani : de nombreux palais et villas de Ferrare, Padoue, Trévise, Udine, Trieste et des alentours attestent de ses capacités de peintre fresquiste. Sur chevalet, se consacrant essentiellement à la veduta topographique, il n’en aborda pas moins des sujets divers et variés, de fantaisie, et au-delà de ces deux aspects de son art, réalisa une impressionnante production graphique.
À partir de 1831, il s’installe à Milan et de 1834 à 1838, il effectue une série de voyages qui le porteront successivement à Florence, Rome, Naples et Paestum, élargissant ainsi son répertoire de vedutiste.
De son œuvre protéiforme, il convient de souligner, par-delà la variété des sujets, l’extrême qualité de la réalisation picturale qui fait de lui l’un des plus dignes épigones de la tradition vedutiste vénitienne du XVIIIe siècle.