Provenance : collection privée
Cette magnifique paire de vues de Venise plonge l’amateur de vedutti au cœur des fastes de la ville à la fin du XVIIIe siècle. Mis en scène par une brillante...
lire la suiteProvenance : collection privée
Cette magnifique paire de vues de Venise plonge l’amateur de vedutti au cœur des fastes de la ville à la fin du XVIIIe siècle. Mis en scène par une brillante perspective, le pont du Rialto s’élève au fond de la composition. Au premier plan, des gondoliers conduisent leurs embarcations sur une eau calme et limpide, aux bleus changeants. Sur les bords du Canal, des badauds aux costumes chamarrés, déambulent. Nous les retrouvons sur la deuxième composition, au centre de la Piazetta, échangeant entre eux des propos mondains tandis que d’autres s’activent au négoce. Peints en petites touches de couleurs énergiques, ces personnages ponctuent avec délicatesse ces deux admirables compositions., la pointe de la Douane s’avance dans le lointain, tandis que s’élève à sa suite Santa Maria della Salute dans toute sa majesté.
Dès la fin du XVIIe siècle, les îles de la lagune vénitienne sont une source d’inspiration de représentations picturales diverses. Le cosmographe Vincenzo Coronelli fut le premier à souligner le charme étrangement calme émanant des îlots de la Sérénissime dans l’Isolario dell’Atlante Veneto (1696-1698). S’en suivent de nombreux artistes peintres, tels Canaletto et Guardi, qui développent une peinture appréciée des voyageurs européens, arrivant en Italie, point crucial de leur Grand Tour. Ces amateurs et voyageurs succombent au charme de ces vues lagunaires, qui lient avec élégance terre et mer.
Rien ne semble pouvoir ébranler la quiétude qui se dégage de ces deux toiles. Le ciel, d’un bleu azur, est saupoudré de quelques nuages, tandis que le soleil de fin d’après-midi frappe encore la pierre de ses rayons. De fabuleux jeux d’ombre et de lumière animent les édifices et le rendu perspectif, preuve du grand talent de notre artiste. La palette raffinée et les effets de la matière confèrent à ces deux vues une dimension mélancolique singulière à Tironi. En effet, si les canaux paraissent tranquilles et les grandes bâtisses inébranlables, Venise porte bel et bien les traces d’une prospérité passée, prémisse d’un destin incertain.
Fabuleux témoignage de Venise avant les guerres napoléoniennes, œuvre dense et prenante illustrant toute la maturité de l’artiste, notre paire de vedutti est traversée d’une véritable dimension préromantique. La manière de peindre de Tironi, à la fois énergique et contrastée, offre les réminiscences des créations de Guardi, relayée par d’expressifs jeux de lumière qui renforce la tension se dégageant de l’ensemble. C’est dans cette ambivalence significative entre vestiges d’une gloire passée et naissance des préceptes romantiques, que se déploie ici avec force, toute la poésie nostalgique de l’art de Francesco Tironi.
Peu d’éléments de la biographie de ce peintre mystérieux nous sont parvenus.
Ordonné au sacerdoce, Francesco Tironi s’éteint à Venise le premier mars 1797, âgé seulement de 52 ans.