Colección de Arte Amalia Lacroze de Fortabat
Provenance :
• collection de l’architecte J. Carlu de 1955 à 1970 ;
• collection privée, France.
Ce magnifique tableau, récemment redécouvert,...
lire la suiteColección de Arte Amalia Lacroze de Fortabat
Provenance :
• collection de l’architecte J. Carlu de 1955 à 1970 ;
• collection privée, France.
Ce magnifique tableau, récemment redécouvert, fut manifestement peint par un artiste des Pays-Bas vivant en Italie durant la première moitié du XVIe siècle. Le tableau s’insère clairement dans un ensemble de compositions issues de l’entourage de l’artiste. Sans doute oeuvre de jeunesse, le tableau nous laisse percevoir l’influence de Jan van Scorel, peintre alors très actif dans les milieux artistiques flamands ouverts aux tendances italiennes. Le paysage typique de la manière de Lambert Lombard lors de son arrivée à Rome nous laisse deviner sa participation artistique à l’élaboration grandiose de cette Tour de Babel.
Étonnant par son format, le tableau l’est également par le traitement inhabituel de son sujet : les personnages un peu trapus, les montagnes à l’arrière-plan avec leur couleur d’un bleu lumineux, la terrible masse de la tour s’imposant à l’ensemble de ce grand panorama sont autant d’éléments qui combinent les apports de la peinture flamande et ceux de la peinture italienne. Peinte vers 1530 - 1540, cette toile annonce par sa qualité, le superbe Paysage avec l’enlèvement d’Hélène, connu comme étant le véritable chef d’œuvre de la carrière de van Heemskerck à Rome.
Le sujet du tableau est l’illustration d’un des sujets fondateurs du livre de la Genèse. Le terme de "Babel" est le résultat d’un jeu de mot dérivant de l’hébreu "Balal" qui signifie mêler, confondre et du sumérien "Bab ili", la porte de Dieu. Cette porte se présentait historiquement sous l’aspect d’une tour érigée à Babylone, sur les berges de l’Euphrate, aux environs du IIe millénaire avant Jésus-Christ. Elle avait pour fonction de permettre aux dieux de descendre sur terre et de dialoguer avec les souverains lors de sacrifices rituels. Les auteurs bibliques, très certainement impressionnés par un temple aussi immense (les archéologues parlent d’un bâtiment mesurant 91 m à la base et autant de haut), en firent le symbole de la vanité humaine. Dans la tradition hébraïque, les hommes se mirent dans l’idée de construire une tour pour concurrencer Dieu. Irrité, ce dernier décide, pour empêcher l’achèvement de cette folie, de mêler et de confondre le langage afin que les bâtisseurs ne puissent plus se comprendre et se dispersent sur la surface de la terre. "Et c’est pourquoi on appela cette tour Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre".
Le thème de la tour, symbole de la vanité des hommes mais également de l’origine biblique des langues et des races qui peuplent un monde qui restait en grande partie à découvrir, excita l’imagination des peintres tout au long des XVIe et XVIIe siècles. C’est de cette période que date aussi la représentation d’une tour ronde dont le type fut à tout jamais fixé par Pieter Brueghel l’Ancien en 1563. Ce plan ellipsoïdal à étagements de galeries ajourées ou aveugles semble avoir été directement inspiré par les ruines du Collisée qui focalisaient l’attention des artistes flamands en quête de traces antiques.
Le groupe de peintres dans lequel nous retrouvons van Heemskerck, Herman Posthumus, Lambert Sustris ou encore Michiel Gast fut tout naturellement amené à visiter le Colisée à de nombreuses reprises. Nous trouvons encore des traces de leur passage en déchiffrant les multiples graffitis qu’ils y ont laissés. Inspiré par la peinture flamande comme par la peinture italienne, l’artiste n’hésita pas à joindre dans une même scène le proche et le lointain : cette composition voit en effet se combiner, quasiment sur un même plan, la taille robuste des tailleurs de pierres, la masse impressionnante de la tour et les innombrables personnages, bateaux, et animaux de très petites tailles. Une cohérence d’ensemble se dégage cependant avec force. Le peintre unifie sa composition en liant tous les éléments qui la composent au sein d’un paysage lumineux et plein d’atmosphère.
Annonçant l’essor du style italianisant dans les Pays-Bas, cette tour de Babel offre au spectateur une perception presque physique du péché que représente cette construction due à l’orgueil des hommes. Magnifiquement construit et regorgeant de détails, le tableau devient une historia, un récit panoramique grandiose dans lequel tous les éléments fusionnent en un camaïeu de bleus et de verts, véritable signature chromatique de l’artiste. Précédent de quelques dizaines d’années les versions de Brueghel, de Valckenborgh, de Grimmer ou encore de van Cleve, cette tour n’a strictement rien à envier aux œuvres plus récentes. Tableau d’une puissance créatrice remarquable, il ravira le collectionneur le plus exigeant.
Heemskerk 1498 - Haarlem 1574
Fils de cultivateur, Maarten van Heemskerck dut s’enfuir de la ferme familiale pour pouvoir se consacrer à son art. Sa fuite l’entraîna tout d’abord à Delft, puis...
lire la suiteHeemskerk 1498 - Haarlem 1574
Fils de cultivateur, Maarten van Heemskerck dut s’enfuir de la ferme familiale pour pouvoir se consacrer à son art. Sa fuite l’entraîna tout d’abord à Delft, puis bien vite à Utrecht, où travaillait Jan van Scorel dont la renommée était grande. La découverte de l’art antique grâce à son nouveau maître fascina je jeune Maarten. La tradition rapporte que le progrès du jeune élève furent tels que Van Scorel, jaloux, le mit à la porte de son atelier. Il est certain que les premiers ouvrages de van Heemskerck ressemblent à s’y méprendre aux œuvres de son maître.
Mis à la porte ou non, Maarten van Heemskerck décida tout naturellement de se rendre à Rome dès 1532. La rencontre de l’antiquité et de la renaissance italienne allait en faire le véritable ambassadeur du maniérisme italien dans les provinces du Nord de l’Europe. Logé trois ans durant chez le cardinal Willem van Enckenvoirt, l’homme de confiance du Pape hollandais Adrien VI, le peintre ne cessa d’esquisser, de dessiner et de peindre les monuments en ruine, les sculptures antiques et les paysages romains.
Fortement influencés par Michel-Ange et Raphaël, van Heemskerck acquit, dès son retour, une place marquante parmi les peintres flamands et hollandais de cette époque : bâtiments publics et églises furent décorés de ses fresques. Doyen de la gilde des peintres à Utrecht dès 1540, Maarten van Heemskerck se fera connaître par ses grands tableaux historiques ainsi que par ses compositions de vitraux. La guerre civile et les guerres de religions qui déchirèrent les Pays-Bas détruisirent bon nombre de ses créations. Celles qui subsistent (dans les musées d’Amsterdam, de Berlin ou d’Utrecht) sont de remarquables témoignages de l’influence italienne dans la peinture des Pays-Bas dans la première moitié du XVIe siècle.