Provenance : collection privée.
Artère vitale pour la cité d’Anvers, l’Escaut partage notre composition en deux parties équilibrées. Sur la rive droite du fleuve, émerge des lointains brumeux...
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Artère vitale pour la cité d’Anvers, l’Escaut partage notre composition en deux parties équilibrées. Sur la rive droite du fleuve, émerge des lointains brumeux une vue panoramique de la ville, dominée par les tours de l’église Sainte-Walburge, la flèche de la cathédrale gothique, l’église Saint-André et l’abbaye Saint-Michel. Sur la rive gauche, au premier plan, figure la petite bourgade construite autour de la chapelle Sainte-Anne. Une foule de gens s’amasse sur les rives du fleuve pour y admirer les navires en route vers les océans. Plusieurs embarcations, toutes voiles dehors, et une galère richement ornée dressent leurs fières silhouettes contre le vent. Elles symbolisent la fortune commerciale d’Anvers.
Une autre version de cette vue d’Anvers est conservée à Bruxelles, aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Jan Wildens profita du même panorama pour y représenter un événement qui marqua l’histoire de la métropole flamande : la visite de l’infante Isabelle accompagnée par Marie de Médicis, reine-mère de France, qui venait de fuir sa patrie, le 4 septembre 1631. Lors de leur bref séjour à Anvers, les deux souveraines se rendirent dans les ateliers de Rubens et de Van Dyck, ainsi qu’à l’imprimerie Plantin, symboles du rayonnement de la ville. Leur séjour donna lieu à un déploiement de fastes inédit, dont le souvenir résonne encore dans la composition du musée bruxellois. Il est pourtant intéressant de souligner que la cité avait déjà entamé son déclin au moment où fut peint ce tableau. Les guerres de religions divisaient les provinces des Pays-Bas et le traité de Münster de 1648 allait consacrer la fermeture de l’Escaut aux bâtiments maritimes anversois permettant ainsi à Amsterdam de connaître à son tour un âge d’or.
Le format exceptionnel de la toile que nous vous présentons et la qualité de sa facture, preste et enlevée, donnent à l’œuvre une majesté toute particulière. On peut y admirer l’exquise sensibilité de l’artiste, notamment dans le grand pan de ciel orageux que percent par endroits les rayons roses du soleil. Toute la composition est ainsi traversée par le frémissement de cette lourde lumière d’orage si caractéristique des étés chauds dans le nord de l’Europe. Privilégiant les teintes nuancées et les harmonies discrètes, Jan Wildens confère ainsi à ce panorama d’Anvers une sourde mais puissante mélancolie, comme s’il avait voulu rendre un dernier hommage à la gloire de sa ville natale.
1586 – Anvers – 1653
Né à Anvers, Jan Wildens fit son apprentissage auprès de Pieter van Hulst et fut reçu franc-maître dans la guilde de la cité en 1604. Après un voyage à l’étranger, qui le...
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Né à Anvers, Jan Wildens fit son apprentissage auprès de Pieter van Hulst et fut reçu franc-maître dans la guilde de la cité en 1604. Après un voyage à l’étranger, qui le conduisit notamment en Italie, il s’établit définitivement dans sa ville natale en 1618. Le mariage de Rubens avec Hélène Fourment en 1630 l’apparenta à la famille du grand maître anversois. Son nom est de ce fait étroitement lié à la vente de la collection d’art de ce dernier.
Jan Wildens sut assimiler, mieux que tout autre, le style de paysagiste de Rubens : il copia à plusieurs reprises ses compositions. Le maître le fit entrer dans son atelier et n’hésita pas à lui demander de peindre les fonds de paysage de certaines de ses œuvres les plus importantes. Les prestigieux tableaux de la galerie de Marie de Médicis, aujourd’hui au Louvre, en sont les exemples les plus connus.
Son sens des formes décoratives, la largeur de sa facture et l’étendue de sa palette apparentent Jan Wildens à Rubens. Il travaillait cependant avec des harmonies plus discrètes et les tons feutrés avaient ses faveurs. A côté de la personnalité dynamique et fougueuse de Rubens, son œuvre révèle un caractère paisible et doux. Dominés par les horizontales qui invitent le regard du spectateur à se perdre, les paysages de Wildens reposent l’œil autant qu’ils apaisent l’esprit.