Peinture flamande et tableaux de maîtres anciens par la Galerie De Jonckheere



Provenance :
• Christie’s Londres, Old Master Paintings, 5 décembre 1969, lot n°144 ;
• collection privée.
Vendu au musée de Budapest
Particulièrement rare du fait de l’exceptionnelle...
lire la suiteProvenance :
• Christie’s Londres, Old Master Paintings, 5 décembre 1969, lot n°144 ;
• collection privée.
Vendu au musée de Budapest
Particulièrement rare du fait de l’exceptionnelle grandeur de sa taille, ce tondo l’est également par l’intensité de la gamme chromatique qui le compose. Daté sans doute des années 1640, ce panneau pourrait être l’œuvre de Herri Met de Bles de par la qualité de sa composition. La force et l’intensité des couleurs employées nous font cependant croire qu’il doit s’agir d’un peintre proche de Joachim Patinier.
Ce magnifique Paysage avec Saint Christophe s’inscrit dans une composition divisée en deux parties distinctes : la première représente une berge escarpée recouverte de végétation tandis que sur la seconde s’accomplit le miracle lié à la légende du saint. Cette œuvre est à rapprocher de celle exposée au musée Boymans van Beuningen à Rotterdam, représentant le même thème mais traitée quelque peu différemment.
La version populaire de cette légende nous décrit le Saint comme un cananéen d’une stature prodigieuse. Convaincu, après une discussion avec un ermite, qu’il devait mettre sa vie au service du Christ, Saint Christophe se consacra à faire passer un fleuve aux pauvres et aux faibles. L’histoire nous relate qu’un soir, il transporta sur ses épaules un petit enfant qui devenait plus lourd à chaque pas que faisait Christophe. C’est alors que l’enfant lui appris qu’il était le Christ. Il confia au Saint passeur qu’il avait ainsi porté le fardeau du monde sur ses épaules. Pour illustrer ce miracle, il commanda à Saint Christophe de planter son bâton dans le sol. Le lendemain, ce même bâton fleurissait en un beau palmier et donnait des fruits. Le nom de Christophe signifie, en grec, "porteur du Christ". L’inscription qui lui correspond est la suivante : "Chrisofori sancti speciem quicumquetuetur illo namque die nullo langore tenetur", celui qui contemple la figure de Saint Christophe ne sera en ce jour victime d’aucune défaillance.
A l’image de la tradition, Saint Christophe est représenté ici avançant dans l’eau du fleuve tandis que, sur la rive opposée, l’ermite une lanterne à la main, se tient près d’une chapelle. Le peintre multiplie avec brio les procédés capables de créer l’illusion des lointains. Au premier plan, le paysage reste dominé par des tons de couleur terre. Les tons verts des plans intermédiaires conduisent cependant le regard du spectateur vers des fonds lumineux bleutés à reflets jaunes et rougeâtres. L’horizon flambe de mille feux à l’image de la toute puissance de Dieu.
Ce tableau ne dépeint pas qu’une simple portion de l’univers, le peintre reconstruit en effet sous nos yeux l’entièreté de celui-ci en réunissant dans une vision unique les montagnes, la mer, les forêts et les campagnes. Les détails réalistes qui parsèment l’œuvre se fondent dans un ensemble imaginaire qui s’inscrit dans la tradition des paysages cosmiques. Ce tondo magnifique réunit en lui toute la maestria d’un grand artiste. De par sa qualité intrinsèque, il ne fait aucun doute que ce panneau soit de la main d’un des paysagistes les plus remarquables du XVIe siècle.
Vers 1480 Bouvignes - Anvers 1524
Joachim Patenier peut être considéré comme le premier des paysagistes flamands et l’un des plus importants.
C’est en 1515 qu’il est reçu franc-maître de la...
lire la suiteVers 1480 Bouvignes - Anvers 1524
Joachim Patenier peut être considéré comme le premier des paysagistes flamands et l’un des plus importants.
C’est en 1515 qu’il est reçu franc-maître de la Gilde d’Anvers, pratiquement la même année que Gérard David. S’il n’a pu être clairement établi que Patenier fut son élève à Bruges avant de venir s’installer à Anvers, il est en revanche certain que les deux maîtres travaillèrent ensemble, notamment au décor de l’entrée de l’archiduc Charles à Anvers.
Francisca Buyst, sa première épouse, était la fille du peintre Edouard Buyst. En 1521, il se remarie avec Jeanne Nuyst. Dürer, arrivé à Anvers en 1520, assiste au mariage et noue avec Patenier, dont il admire le travail, des liens d’amitié. Quentin Metsys compta également parmi ses amis. Célèbre dès son vivant, ses tableaux sont recherchés par les cours princières et la classe bourgeoise récemment enrichie. Si Gérard David eut peu d’influence sur Patenier, l’exemple de Hieronymus Bosch fut en revanche plus déterminant. Patenier lui emprunte certaines formules iconographiques (saints pénitents dans le désert...) et surtout cette façon très caractéristique qu’il a de placer la ligne d’horizon très élevée dans un paysage vu de très haut et qui prend de plus en plus d’importance. Mais, ce que Bosch a fait “par accident”, Patenier l’a délibérément voulu et il est le premier à faire du paysage un genre autonome (les scènes religieuses même si elles existent, ne sont plus que des prétextes). Ignorant la leçon italienne, il impose ses procédés, ses couleurs pures, sa vision nouvelle. Au delà du XVIe siècle, tous les grands paysagistes s’inspirent directement de lui, tant flamands qu’italiens ou français et ce jusqu’à Poussin et Le Lorrain.
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