Provenance : Collection privée
Que ce soit par le traitement du visage de la Vierge Marie ou par la tendresse qui émane de ce portrait filial, cette Vierge à l’Enfant est caractéristique de la...
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Que ce soit par le traitement du visage de la Vierge Marie ou par la tendresse qui émane de ce portrait filial, cette Vierge à l’Enfant est caractéristique de la production d’un peintre de l’Anvers du XVIe siècle, le Maître du Fils prodigue.
Propre au style de cet artiste, la Vierge présente des traits extrêmement féminins, fins et délicats. Peinte jusqu’à la taille, elle est vêtue de riches vêtements dont la complexité des plis permet à l’artiste d’attirer l’attention du spectateur sur son talent. Revisitant la version traditionnelle de l’habit marial, le Maître agrémente celui-ci d’un col de fourrure, ainsi que d’une cordelette de tissu venant ceinturer la taille du modèle. Le rose fondant des joues, le nez long et fin, les paupières légèrement bombées, le menton rond et les doigts effilés sont autant d’éléments typiques du style du Maître du Fils prodigue. La finesse d’exécution se retrouve également dans le travail des cheveux blonds de la Vierge et du Christ, formant de petites boucles dorées, harmonieusement disposées en haut des visages. La maîtrise de la couleur, et par là même des jeux d’ombres et de lumière, permet à l’artiste de donner à la carnation des personnages un aspect marmoréen. La Vierge et l’Enfant se détachent quant à eux sur un fond neutre et opaque avec une intensité éclatante.
Comme dans de nombreuses compositions du maître, l’Enfant Jésus semble d’une grande légèreté. Il repose sur les genoux de sa mère en nous donnant l’impression de flotter contre elle. Il serre fermement dans sa main une pomme, rappelant le pêché originel. La Vierge saisit de son côté un livre de prières, dont les lettres enluminées sont parfaitement visibles. Ce livre repose sur une petite tablette, sur laquelle ont été déposées des cerises symboliques : ces billes rouges et juteuses ne doivent rien au hasard car elles préfigurent ici la Passion.
Typique de la production du milieu du XVIe siècle, ce tableau synthétise harmonieusement la peinture de dévotion et l’influence de l’école italienne sur celle d’Anvers. A l’instar de celle conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, cette Vierge à l’Enfant du Maître du Fils prodigue enseigne avec poésie, l’amour et la complicité qui unissait le Christ à sa mère. Et au delà du sujet religieux, l’artiste réalise ici le tendre portrait d’une mère avec son enfant.
Actif à Anvers dans le deuxième tiers du XVIe siècle
Les œuvres de ce maître ont été groupées autour d'un important tableau du Kunsthistorisches Museum de Vienne, le Fils prodigue chez les...
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Les œuvres de ce maître ont été groupées autour d'un important tableau du Kunsthistorisches Museum de Vienne, le Fils prodigue chez les courtisanes, après avoir été à tord identifié à Jan Mandijn, Anthonis van Palermo et enfin à Lenaert Kroes. Peintre romaniste, il est partiellement touché par le Maniérisme international. Le réalisme accentué de ses personnages le rapproche de Pieter Aertsen et l'élégance apprêtée de ses figures féminines, de Jan Massys et de Frans Floris. Ses œuvres phares sont conservées au musée de Valenciennes et Anvers avec respectivement les Œuvres de miséricorde et Satan semant l'ivraie. Ces tableaux se caractérisent par la démarche enjouée de certaines figures, les grandes mains finissant les corps élancés et par les visages émaciés des personnages âgés.
Les sujets traités par ce maître anonyme est pour le moins étendue. Outre les thèmes religieux traditionnels comme les Vierge à l'Enfant (Cleveland et Vienne), l’Adoration des bergers d'après Raphaël (collection privée bruxelloise), une Pietà à la National Gallery de Londres, il illustre aussi l'Ancien Testament, comme le Retour de Tobie (musée de Gand) et de rares tableaux de genre, comme le Vieillard amoureux du musée de Douai. Dans les certaines compositions se glissent de petits personnages, notamment dans la Fuite en Égypte (musée de Tournai), le Christ et les pèlerins d'Emmaüs (musée de Varsovie) ; le paysage, d'esprit réaliste et singulier, y est peint dans des tonalités claires, comportant des verts vifs, des rouges et des roses fondants. A l’inverse, les grandes figures d’autres compositions, Loth et ses filles (musée d'Anvers), ou Suzanne et les vieillards (musée de Porto) ont un relief sculptural, et les carnations féminines un éclat marmoréen. Certains de ses tableaux ont été peints en série, ce qui laisse supposer que le Maitre du Fils prodigue était à la tête d'un atelier florissant et fort productif à Anvers et qu'il avait de fait à ses côtés de nombreux assistants.