Peinture flamande et tableaux de maîtres anciens par la Galerie De Jonckheere



Provenance : collection privée.
Le sujet de ce petit cuivre, évoquant l’épisode du repos pendant la fuite en Egypte, n’est que prétexte à l’évocation d’un vaste paysage à la fois sylvestre et...
Provenance : collection privée.
Le sujet de ce petit cuivre, évoquant l’épisode du repos pendant la fuite en Egypte, n’est que prétexte à l’évocation d’un vaste paysage à la fois sylvestre et fluvial, aux accents pré-romantiques caractéristiques de l’influence de l’Ecole de Frankenthal. L’architecture en ruines et la végétation touffue sont autant d’éléments récurrents dans les paysages maniéristes procédant de cette école. L’évolution vers le réalisme se fait progressivement chez Mirou, sans qu’il renonce pour autant à cet esprit lyrique qui le caractérise. Le plan clair de la composition à l’avant-plan, au centre et à l’arrière-plan ainsi que la haute ligne d’horizon témoignent de son attachement à la tradition de l’art paysager du XVIe siècle.
De part et d’autre de deux grands arbres repoussoir encadrant la composition, Mirou ménage une grande trouée perspective serpentine correspondant aux méandres d’une rivière qui s’élargit en une vaste rade bordée par les aménagements d’une ville importante que nous devinons dans le fond de la vallée lointaine. Le premier plan, s’il permet à l’artiste d’évoquer le sujet religieux éponyme, n’en reste pas moins rendu de manière à la fois réaliste et naturaliste, avec un caractère anecdotique plaisant dans la recherche du détail vrai qui ancre cette représentation dans la réalité du quotidien. Au bord gauche, deux ânes bâtés menés par un personnage quittent le champ visuel du tableau.
Une nature morte d’un genre particulier occupe, avec les restes du squelette d’un animal, le virage du chemin qu’ils empruntent et qui ouvre la trouée perspective sur la vallée. Klaus Ertz a fait remarquer que ce motif se retrouve dans plusieurs œuvres exécutées par Jan Brueghel l’Ancien, contemporain de Mirou. La signification de tels restes d’os et de bucranes, dans ce paysage de thématique religieuse, est très claire. Dans ce cas particulier, il y a lieu de le considérer comme un symbole "memento mori". Toutefois, c’est l’ambiance tout à fait domestique d’un village saisi dans l’instantané de son quotidien que Mirou restitue ici.
Il est intéressant de souligner l’originalité du traitement de la lumière. En juxtaposant des zones brillamment éclairées à des zones obscures, et en dressant de grandes formes à contre-jour pour établir de forts contrastes de lumière et d’ombre, le peintre rend sensible la profondeur spatiale. Sur l’autre rive, nous passons en effet à une composition beaucoup claire, pleine de lumière, avec une palette de rose, de brun et d’ocre. Cet éclairage transcende le caractère supranaturel du groupe d’individus qui se trouvent au premier plan. Tandis que le pasteur accoudé au muret de la maison centrale semble davantage observer le convoi d’ânes bâtés que ses propres bêtes (la symbolique pascale est trop tentante pour ne pas être relevée) qui paissent l’herbe au bord de la rive ; deux femmes se sont avancées vers un couple de voyageurs.
Allant à dos d’âne, Marie, l’enfant Jésus dans ses bras, est abordée par deux autres femmes. Joseph, qui ouvre la marche, se retourne pour prendre part à la scène. Derrière eux, venant du même chemin mais dans l’autre direction, deux cavaliers élégants s’enfoncent dans un dense massif sylvestre au camaïeu de vert, dont la végétation fusionne avec les formations rocheuses karstiques. Le coin de forêt qui apparaît en plan rapproché à droite, avec le pittoresque exacerbé de l’architecture de ruines et le traitement un peu dramatique de la végétation, sert décor au repos pendant l’exil vers l’Egypte. La palette de Mirou s’y est obscurcie, comme pour mieux rendre l’écrin protecteur offert par la nature à la sainte famille.
1570 - Anvers - Après 1661
Antoine Mirou compte parmi les peintres à avoir travaillé aux côtés de Gillis van Coninxloo dans la colonie des artistes de Frankenthal dans le Palatinat. On ne sait que...
1570 - Anvers - Après 1661
Antoine Mirou compte parmi les peintres à avoir travaillé aux côtés de Gillis van Coninxloo dans la colonie des artistes de Frankenthal dans le Palatinat. On ne sait que peu de choses sur sa vie. Son lieu et sa date de naissance n’apparaissent dans aucun document. Ses parents, le pharmacien Hendrik Mirou et sa première femme, se sont installés à Frankenthal en 1586. Ils font partie des émigrants calvinistes qui prirent la fuite des Pays Bas à partir de 1562 pour rejoindre Frédéric III du Palatinat. Anton Mirou épouse en 1602 à Frankenthal Susanna Coninxloo, la fille de Jasper Coninxloo. Ils demeurent sans doute sans enfant. Aucun document ne fait mention d’un grand voyage du peintre, comme par exemple en Italie. Il est possible qu’il ait séjourné passagèrement à Bad Schwalbach près de Wiesbaden dans le Taunus ; un dessin dans le cabinet d’estampes de Munich, une gravure effectuée en 1620 par Matthäus Merian et vingt six vues de l’endroit gravées d’après les tableaux d’Antoine Mirou en attestent.
En 1620, l’artiste est mentionné pour la dernière fois à Frankenthal. Il quitte probablement la ville un peu plus tard, car en 1623, elle tombe aux mains des espagnols. On ne sait pas où Mirou s’installe par la suite. Un Paysage au chasseur (Staatliche Museen de Berlin, Gemäldegalerie) est exposé à Berlin. Il est daté de 1653 et signé. Son auteur est sans aucun doute Mirou. La littérature fait mention d’un Paysage signé et daté de 1661 dans la Pinacothèque de Parme. Si ce tableau est effectivement un authentique, Mirou semble avoir vécu au moins quatre vingt dix ans. Nous ne savons que peu de choses sur sa vie et ses œuvres n’ont quasi jamais fait l’objet d’une étude. La peinture de Mirou a été influencée par les paysages de Gillis van Coninxloo et de Pieter Schoubroeck (vers 1570-1608). Les renseignements dont nous disposons montrent que l’artiste ne s’est consacré qu’à peu de thèmes : des paysages de forêt caractérisés soit par des arbres serrés occupant toute la surface du tableau. Il a également peint des rues de village animées dans un paysage rocheux. Vers 1620, les peintures de villages deviennent de plus en plus dépouillées ; elles s’orientent toujours d’avantage vers la réalité, tout comme le montrent les représentations de Bad Schwalbach.
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